LA DIVERSITÉ CULTURELLE EN MARCHE À L’ÉCHELLE PLANÉTAIRE :

LA SOCIÉTÉ CIVILE ET SES REGROUPEMENTS

 

QUATRIÈME CONFÉRENCE ANNUELLE DU RIDC

 

 

Relations avec les gouvernements et les organisations intergouvernementales

 

 

La question de la diversité culturelle comporte une importante dimension politique. En tant qu’organisme de défense des intérêts de la société civile, le RIDC doit entretenir une relation active avec les institutions intergouvernementales  qui peuvent avoir une incidence sur les enjeux culturels et avec celles qui sont directement intéressées par le projet de convention sur la diversité culturelle. Le défi, pour le RIDC, consiste à comprendre le rôle et la position de chaque institution et de cultiver une relation lui permettant d’exercer le maximum d’influence.

 

Réseau international sur la politique culturelle (RIPC) - www.incp-ripc.org

Le RIPC, un réseau de 58 ministres responsables de la culture fondé en 1998, a été à l'avant-garde de la campagne en faveur de la convention. C’est l’intervention d’un certain nombre de ces ministres, à une réunion tenue à Paris en février 2003, qui a incité l’UNESCO à envisager la tâche d’élaborer les conditions d’un instrument ayant force obligatoire.

 

Jusqu’à maintenant, le RIDC a tenu ses quatre réunions annuelles de concert avec celles du RIPC, ce qui crée une excellente occasion de dialoguer avec les ministres responsables de la culture. Le cas du RIDC et du RIPC est un bon exemple de partenariat se prêtant à l’échange et l’élaboration de concepts stratégiques, notamment en rapport avec le projet de convention sur la diversité culturelle. Le soutien financier et logistique du RIPC, par l’entremise du ministère du Patrimoine canadien, d’autres membres du RIPC et les hôtes des réunions annuelles, est indispensable pour le RIDC, et nous devons continuer cet échange fructueux.

 

Le RIDC doit toutefois se pencher sur des enjeux clés, y compris les suivants :

 

UNESCO – www.unesco.org

L’UNESCO a été fondée en 1945 sur le principe de la nécessité de « faire progresser les objectifs de paix et de bien-être de l’humanité à travers les relations entre les peuples du monde dans les domaines de l’éducation, des sciences te de la culture », et sa focalisation sur la culture et le développement a traversé plusieurs phases avant la déclaration marquante de la Décennie de la culture et du développement des années 1980. Depuis sa création, l’UNESCO a insisté sur l’importance du dialogue entre les cultures. Mais le monde auquel elle a proposé cette idée, dans les années 1940, était fort différent de celui d’aujourd’hui. Au cours des cinq décennies écoulées de changements politiques, économiques et culturels mondiaux, l’UNESCO a préconisé des politiques culturelles pour protéger les deux mandats inclus dans la déclaration de principes sur la coopération culturelle internationale : « toute culture a une dignité et une valeur qui doivent être respectées et sauvegardées » et « tout peuple a le droit et le devoir de développer sa culture ».

 

Depuis la Décennie de la culture et du développement, le rôle de l’UNESCO dans la promotion de la diversité culturelle a porté ce débat au premier rang de son plan d’action culturel et ouvert la voie à l’éventuelle adoption d’un instrument ayant force obligatoire sur la diversité culturelle. Le document le plus important adopté jusqu’à maintenant sur la diversité culturelle est la Déclaration universelle sur la diversité culturelle de l’UNESCO de 2001.

(http://www.unesco.org/culture/pluralism/diversity/html_eng/decl_en.shtml)

 

La conférence générale de cette année examinera une proposition en vue de progresser vers l’adoption d’une convention ayant force obligatoire sur la diversité culturelle. La stratégie du RIDC a consisté à travailler en vue de produire ce résultat au moyen de commissions nationales et d’un contact direct avec le Secrétariat de l’UNESCO. Le RIDC a demandé à établir des relations officielles avec l’UNESCO, et il espère recevoir une réponse favorable en temps utile.

 

Tout en se concentrant sur l’importance d’appuyer l’UNESCO et de la pousser à adopter une convention sur la diversité culturelle, le RIDC explorera aussi d’autres options :

-         Qu’arrivera-t-il si l’UNESCO n’adopte pas les principes fondamentaux indispensables pour assurer l’efficacité d’une convention?

-          Qu’arrivera-t-il si le processus d’adoption et de ratification de la convention mené par l’UNESCO se poursuit pendant de nombreuses années/décennies et ne peut par conséquent pas opérer un changement important?

 

OMC - www.wto.org

Créée en 1995 à la conclusion du cycle d’Uruguay des négociations commerciales, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est le mécanisme international de négociation commerciale entre les nations. Elle est une organisation menée par ses membres, c’est-à-dire que toutes ses décisions et règles doivent être approuvées par chacun des 144 États membres. Son site Web précise qu’elle a pour but d’« aider les producteurs de marchandises et de services, les exportateurs et les importateurs à mener leurs activités. »

 

Nombre de membres du RIDC considèrent l’OMC comme le principal « ennemi » dans leur quête de la préservation et de la promotion de la diversité culturelle parce qu’elle impose des contraintes aux mesures gouvernementales favorables à la diversité culturelle. La plus grande menace vient de l’AGCS (Accord général sur le commerce des services), étant donné que toutes les formes d’expression artistique sont des services d’après l’AGCS et l’ADPIC (Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce) et que les règles sur les droits d’auteur peuvent jouer un rôle fondamental dans le commerce des films, des émissions de télévision, de la musique, des livres et des périodiques. Les règles visant à ouvrir les marchés et éliminer les « obstacles » au libre-échange peuvent mener à un commerce inégal de biens et de services culturels et un déséquilibre dans les échanges culturels.

 

Le RIDC est officiellement reconnu par l’OMC, et le coordonnateur du RIDC assiste aux réunions ministérielles et rencontre les membres du secrétariat de l’OMC. Le RIDC encourage ses membres à communiquer avec leurs ministres responsables du commerce et représentants à l’OMC pour assurer un échange constant d’information au sujet de l’évolution de la situation. Le RIDC continue à veiller à ce que les négociateurs commerciaux ne concluent pas d’accords limitant le droit des pays d’appliquer des mesures favorables à la diversité culturelle. Le site Web du RIDC renferme de plus amples renseignements au sujet de l’incidence des accords commerciaux sur la culture.

 

Les discussions, à la quatrième conférence annuelle du RIDC à Opatija, devraient permettre de cerner une approche stratégique de l’OMC :

-         Les membres du RIDC devraient s’entendre sur la manière de faire face au virage du système commercial mondial en faveur d’accords bilatéraux et régionaux (p. ex. négociations en cours entre les États-Unis et l’Australie, les pays de l’Amérique centrale et les membres de l’Union douanière d’Afrique australe et au sujet de la Zone de libre-échange des Amériques).

-         Le RIDC devrait-il chercher à forger un partenariat avec l’OMC ou suivre d’autres organisations de la société civile qui manifestent contre l’orientation adoptée par l’OMC?

 

CNUCED – www.unctad.org

La CNUCED (Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement) est le point de convergence au sein de l’ONU pour le traitement intégré des questions liées au commerce et au développement, ainsi que des questions connexes ayant trait aux finances, à la technologie, à l’investissement et au développement durable. Elle vise l’intégration fructueuse de tous les pays, notamment des pays en développement, aux questions liées au commerce et à la politique.

 

Comme la CNUCED a dit vouloir examiner de plus près les questions intéressant la diversité culturelle, le RIDC devra explorer un éventuel partenariat et le rôle que la CNUCED peut jouer dans l’élaboration de la convention sur la diversité culturelle.

 

Le RIDC préconisant fermement l’action, il faut aussi explorer d’autres moyens de coopérer puisque la CNUCED se soucie également du développement d’une capacité culturelle, qui demeure une des priorités du RIDC pour les pays en développement.

 

OMPI – www.wipo.org

L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) s’emploie à assurer la protection à l’échelle mondiale des droits des artistes, inventeurs, concepteurs et auteurs. Depuis la Convention de Paris de 1883, l’OMPI demeure vouée aux droits des créateurs dans leur pays et à l’étranger et prône un environnement stable pour la propriété intellectuelle.

De nos jours, l’OMPI s’est donnée pour mission de développer le modèle de la propriété intellectuelle en se concentrant sur la relation entre le « potentiel créateur » et le développement durable. Le RIDC continuera à suivre les travaux de l’OMPI au fur et à mesure que cette position évolue. Selon l’OMPI elle-même, la vision qui éclaire sa mission et son mandat est celle de la pertinence de la propriété intellectuelle et de l’OMPI pour le bien-être de l’humanité. Principal gardien des lois internationales sur le droit d’auteur, l’OMPI pourrait intervenir davantage pour faire progresser le programme de la diversité culturelle, comme contrepoids à l’OMC

 

Un des principes fondamentaux du RIDC a trait à la vulnérabilité des cultures et des langues indigènes. Comme l’OMPI travaille actuellement à des mécanismes pour protéger le savoir traditionnel, elle pourrait faire une contribution importante au dossier de la diversité culturelle.

 

BANQUE MONDIALE – www.worldbank.org

La Banque mondiale, qui est composée de cinq organisations, soit la BIRD, l’AID, la SFI, l’AMGI et le CIRDI, s’occupe principalement de projets de développement et de renforcement des capacités dans le but de combattre la pauvreté et de promouvoir le développement équitable. Elle a son siège à Washington et compte plus de 100 bureaux dans le monde.

 

Consciente du fait que la dimension culturelle a été négligée dans nombre de ses projets de développement de la dernière décennie, la Banque mondiale a commencé à explorer cette dimension du développement au moyen de conférences et rapports.

 

Dans un discours qu’il a prononcé en juin 2003, le président James Wolfensohn a déclaré que la Banque mondiale veut avoir des plans de développement exhaustifs qui engloberont l’éducation, la santé, l’infrastructure, l’environnement, de même que la protection de la culture et la protection des valeurs des membres de la société.

 

Dans ses démarches de promotion de la capacité culturelle, le RIDC devrait presser la Banque mondiale de faire en sorte que la dimension culturelle soit intégrée à ses projets. La Banque devrait également être un objectif/partenaire des efforts du RIDC en vue de trouver des mécanismes pour évaluer l’impact culturel des projets de développement.

 

Organisation internationale de la Francophonie - www.francophonie.org

Cette organisation regroupant 51 États a publié plusieurs déclarations sur l’importance de la diversité culturelle. La Conférence ministérielle de juin 2001 sur la culture tenue au Bénin a produit une déclaration reconnaissant l’importance de préserver et de promouvoir la diversité culturelle à la lumière de la libéralisation du commerce et elle a souligné le rôle de l’UNESCO, qui devrait assumer une responsabilité de premier plan dans la discussion des instruments possibles (http://confculture.francophonie.org).

 

D’aucuns soutiennent que la Francophonie devrait jouer un rôle encore plus important dans le débat sur la diversité culturelle étant donné qu’elle regroupe des chefs d’État et qu’elle pourrait exercer une grande influence sur les organisations internationales, notamment l’OMC.

 

Il importe en fin de compte de mentionner que plusieurs organisations intergouvernementales régionales ont joué des rôles importants dans le débat sur la diversité culturelle, par exemple l’Organisation des États américains, le Conseil de l’Europe (qui a adopté une déclaration sur la diversité culturelle en décembre 2000), le Forum de coopération économique Asie-Pacifique, le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et l’Union africaine.

 

 

Garry Neil

Nina Obuljen

Nina Pešut.