Bulletin – Octobre 2005
Vol. 6 No 7
Table des matières :
1. Nouvelles du RIDC
2. La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles
3. Des sociétés de l’information aux Sociétés du savoir : Développement durable ou élargissement de la fracture numérique
4. Le mouvement de la société civile mexicaine pour la promotion de la culture
5. Diversité culturelle : Soutien au développement humain
6. Événements et annonces
1. Nouvelles du RIDC
DERNIÈRE OCCASION pour vous enregistrer à la Rencontre annuelle du RIDC du 17 au 20 novembre 2005, à Dakar au Sénégal
La 6e Rencontre annuelle du Réseau international pour la diversité culturelle aura lieu du 17 au 20 novembre 2005 à Dakar au Sénégal. Elle a lieu à un moment crucial du développement du dossier de la diversité culturelle.
Juste un peu avant, on s’attend à ce que l’UNESCO ait approuvé les termes de la Convention sur la diversité culturelle, dossier qui a donné naissance au RIDC et dont nous nous occupons depuis notre toute première rencontre en 2000. Nous jetterons un regard sur les résultats. Mais, même la plus efficace des conventions, bien qu’elle soit une base essentielle, ne créera pas en soi de la diversité. Pour développer la diversité culturelle, il faut que des outils culturels et des industries créatives soient mis en place et l’on doit atteindre un plus grand équilibre dans les échanges mondiaux des biens et des services culturels. Nous allons examiner ces points également. Enfin, notre rencontre fait suite à la 2e réunion du Sommet mondial sur la société de l’information. Cette concordance nous donnera l’occasion de parler de la propriété des médias et du pluralisme, de l’accès public et du contenu qui sera livré par les réseaux numériques.
La rencontre du RIDC a lieu en conjonction avec celle des ministres de la culture faisant partie du Réseau international sur la politique culturelle. Les délégués du RIDC auront le plaisir d’échanger de façon informelle avec les ministres de la culture lors d’un événement social et culturel conjoint présenté par le Ministre de la culture du Sénégal. Les conclusions de la rencontre du RIDC seront présentées à l’une des réunions des ministres.
Les partenaires-hôtes de cette rencontre sont la Coalition sénégalaise pour la diversité culturelle et la Coalition sénégalaise des intervenants socioculturels. Le thème est : Diversité culturelle, cohésion sociale et développement durable : la diversité culturelle au service du développement humain, de la réduction de la pauvreté, de la lutte contre les inégalités et de la promotion de l’autonomie.
Pour des informations sur l’inscription, s.v.p. communiquez avec Albanela Pérez-Suárez, albanela@ccarts.ca
2. La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles – Adoption lors de la Conférence générale de l’UNESCO attendue sous peu
Par Garry Neil, Directeur général
Par un vote quasi unanime, le Comité exécutif de l’UNESCO a exhorté, le 23 septembre dernier, la Conférence générale d’adopter la nouvelle convention sur la diversité culturelle. La Commission de la culture de la Conférence générale de l’UNESCO va revoir la Convention, le 17 et 18 octobre, et la décision de la Commission sera soumise à la Plénière du 20 octobre pour approbation finale.
Il est plausible qu’il y ait certains débats à l’intérieur de la Commission. Les
É-U requièrent plus de temps pour étudier la Convention et ils arguent qu’il est prématuré pour l’UNESCO de l’adopter en 2005. Le Japon a déposé un amendement qui tente de confirmer que cette Convention est limitée à la « culture » et que ses articles « ne devraient pas compromettre » les droits et les obligations dans d’autres champs. Le Directeur général du National Endowment for the Arts (genre de Conseil américain des arts) a également critiqué cette Convention :
« … elle restreint la libre circulation des idées et des informations, non seulement entre les nations mais aussi entre les individus et les groupes. Au pire, je pense qu’elle pourrait justifier la censure gouvernementale – tant politique que culturelle. Et au mieux, elle ne promeut pas la diversité culturelle. »
Le Gouvernement américain a lancé une campagne importante contre la Convention, y inclus des discussions bilatérales avec des représentants de haut niveau de plusieurs pays. Le International Herald Tribune rapporte que « la Secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice a écrit à des gouvernements membres pour signaler ses ‘inquiétudes profondes’ au sujet de la convention » et qu’elle examine la possibilité de réduire l’aide américaine à l’UNESCO pour exprimer son mécontentement.
Toutefois, étant donné le consensus impressionnant exprimé en faveur du texte lors de la rencontre du Comité intergouvernemental de juin 2005, le RIDC s’attend à ce que la Convention soit acceptée par un vote nécessitant les deux-tiers des États membres.
Ensuite, la prochaine étape pour les États, c’est la ratification de la Convention. Selon les termes de la Convention, elle « sera en force trois mois après la date de dépôt de la 30e ratification, acceptation, approbation ou adhésion. » C’est le nombre minimum requis, mais il en faudra encore beaucoup plus si nous voulons que la Convention ait une réelle portée.
Le processus de ratification ne sera pas facile. Dans les pays qui possèdent des industries culturelles développées et qui sont affectés négativement par la mondialisation, la Convention obtiendra un appui solide. L’adhésion de la Commission européenne pourra également entraîner une ratification rapide de plusieurs États européens. Cependant, en l’absence d’incitatifs solides dans la Convention, les pays qui ont des industries culturelles moins développées et dont l’agenda des politiques publiques est fort encombré, elle pourra ne pas avoir une haute priorité. De plus, on peut penser que les É.-U. continueront à faire des pressions, sur une base bilatérale, afin de ralentir le processus de ratification.
Pour les plus optimistes, l’échéancier idéal pour 30 ratifications serait juin 2007. Suite à cela, l’UNESCO pourrait convoquer la première réunion de la Conférence des Parties en même temps que la Conférence générale de 2007. Ce nouvel organe pourrait déterminer la formation du Comité intergouvernemental et décider des lignes directrices opérationnelles pour mettre en application la Convention.
La réponse du RIDC face à la Convention et ses développements sera examinée en profondeur par les délégués lors de la 6e Rencontre annuelle au Sénégal.
3. Des sociétés de l’information aux Sociétés du savoir : Développement durable ou élargissement de la fracture numérique
Par Garry Neil, Directeur général
La deuxième partie du Sommet mondial sur la société de l’information aura lieu à Tunis le mois prochain. Nous avons pensé que vous pourriez être intéressé par l’allocution préparée par le Directeur général, Garry Neil, pour la toute récente Conférence Ars Electronica qui a eu lieu à Linz, Autriche.
En avril dernier, ma compagnie de téléphone portable m’a offert un nouveau service lancé en 2005. Je vous signale que, comme toute personne qui voyage pour le travail, la plupart d’entre vous dans cette salle, j’utilise le téléphone non seulement pour des communications verbales mais aussi pour mes courriels, des messages écrits et pour me promener sur Internet. Je peux prendre des photographies et les envoyer instantanément à ma famille ou à des amis, peu importe l’endroit où je me trouve et où ils se trouvent. Mon téléphone est aussi mon agenda personnel, avec un calendrier, un carnet d’adresses et ma liste de tâches à faire. Je peux brancher mon micro/haut-parleur et écouter ma musique préférée qui a été emmagasinée (électroniquement, évidemment) sur une petite puce que j’ai ensuite insérée à l’arrière de mon portable. Je pourrais l’utiliser pour jouer à des jeux si c’était quelque chose que j’aime. Avec un petit clavier portable, je travaille mes documents, mes chiffriers et je peux enclencher d’autres applications lorsque je suis à l’extérieur de la maison. En avril donc, Rogers Communications m’informe que je vais pouvoir regarder des programmes de télévision à partir du mois prochain. Bien sûr, je dois me procurer un appareil plus performant, souscrire à un nouveau service et payer encore plus cher pour ces services.
Au Japon, c’est déjà chose accomplie pour 59% du temps d’antenne des téléphones portables qui donnent accès à des contenus de divertissement. La convergence des télécommunications, la technologie de l’information, l’Internet, les médias et les divertissements, sont là et modifient dramatiquement notre façon de vivre. Et quand je suis à la maison, bientôt, mon ordinateur sera pleinement intégré avec mon système « maison » de cinéma et j’aurai accès en théorie à un véritable univers d’information, de divertissement et d’actualités.
Ces développements soulèvent certainement de nombreuses questions ainsi que des défis et plusieurs débouchés. Parmi ceux-là, il y en a qui me préoccupent au plus haut degré et il en est ainsi pour le RIDC.
Est-ce que cette convergence augmente réellement mes choix ? Est-ce que ça me donne vraiment accès à un choix de possibilités en augmentation exponentielle ? Au lieu de la version Musique du Monde de Sony, est-ce que je serai capable d’entendre un nouveau chanteur qui provient d’un petit pays africain, ou de télécharger une performance culturelle de Tonga ou du Nicaragua ? Est-ce que je pourrai suivre les joutes de mon équipe préférée de hockey, les Toronto Maple Leaves dont le sort indiffère complètement plus d’un milliard de Chinois, pays dans lequel je pourrais me retrouver à ce moment-là ?
Ou, est-ce que cette convergence ne rétrécit pas plutôt mes choix et ne crée-t-elle pas un monde dans lequel je n’ai accès qu’aux informations fabriquées par CNN, Fox ou la BBC; qu’aux résultats sportifs des équipes américaines ou européennes; et qu’aux films que m’apportent Disney et Bertelsmann ?
Il faut répondre qu’actuellement nous sommes à la croisée des chemins – d’un côté, la diversité, une effervescence de cultures et une célébration de la différence; de l’autre côté, l’homogénéisation à grande échelle. Le chemin que nous prendrons dépend d’un certain nombre de facteurs et de décisions, dont certains d’entre eux sont irréversibles, et d’autres ont déjà été pris à ce jour.
Parce qu’il n’y a pas d’unanimité sur cette question, je dois spécifier d’emblée que, à mon avis, une plus grande diversité des expressions et des contenus culturels dans tous les médias, et plus d’équilibre dans les échanges de biens et de services culturels entre les pays et les cultures, sont des objectifs importants à atteindre. Dans le domaine de la créativité humaine, le choix est une bonne chose. Maintenir et soutenir la riche diversité des langues et des cultures sont aussi des choses importantes. Et cela devrait être plus que sous la forme du simple maintien d’artefacts historiques. Les Inuits du nord du Canada ont besoin d’un mot pour décrire l’outil qu’est le GPS parce que cet instrument est devenu très utile pour la poursuite et la chasse du caribou. Les Inuits ont également tous les droits de pouvoir raconter leurs légendes en utilisant le film et les nouveaux médias si c’est ce qu’ils veulent.
Laissez-moi passer en revue plusieurs facteurs importants qui aideront à déterminer quel chemin suivre, celui de la diversité ou celui de l’homogénéisation. Je reconnais que mettre ces deux options sur la table peut n’être pas suffisant parce que chacun de ces chemins pourrait faire l’objet d’une allocution beaucoup plus longue…
1. La concentration et la propriété-croisée, entre les télécommunications, la technologie de l’information, l’Internet, les compagnies de médias et de divertissement, constituent des menaces sérieuses à la diversité culturelle. C’est dans l’intérêt économique de Rogers Communications de contrôler différents systèmes de distribution. Le fournisseur pour mon portable a débuté comme une compagnie de câbles pour la télévision et il est maintenant mon fournisseur Internet pour ma maison. C’est aussi dans son intérêt économique de contrôler aussi les contenus et il le fait via différents diffuseurs, y inclus les canaux spécialisés en sports et par la propriété de l’équipe principale de baseball de Toronto. Cela ne vous surprendra peut-être pas de savoir que 20% de Rogers Communications appartient à AT & T et qu’elle pourrait l’être entièrement si ce n’était de règles importantes sur les limites de la propriété étrangère imposées par le Gouvernement canadien. Un succès commercial d’Hollywood peut rapporter encore plus d’argent s’il peut être diffusé à travers le monde et cela est encore plus facile à faire si l’on n’a pas à se soucier de langues et de sensibilités culturelles. Vous savez, au début de 2003, les « majors » d’Hollywood gagnaient plus d’argent avec les exportations à l’étranger qu’avec le marché domestique…
2. Pour assurer la diversité culturelle et les choix, il faut avoir des
politiques publiques proactives et solides. Il faut des règlements pour
les marchés, des dispositions sur les subventions et d’autres mesures
appropriées.
3. Pour assurer des échanges plus équilibrés entre les cultures, il faut trouver de nouveaux moyens de coopération internationale et aider au développement d’industries créatives dans les pays, qui tout en possédant déjà une riche diversité d’arts et de traditions culturelles, peuvent avoir besoin d’outils pour donner vie à ces histoires et ces musiques dans les médias contemporains.
4. Plusieurs de ces politiques publiques et ces nouvelles normes de coopération internationale sont menacées par la mondialisation économique et les accords de commerce et d’investissement. La mondialisation économique et le libre-échange traitent « des économies d’échelle », de « la survivance des plus forts » et « des avantages comparatifs », et non de la diversité et de l’épanouissement des petits fournisseurs de chaque pays, ce qui définit fondamentalement la diversité culturelle. Les règles de propriété qui ont arrêté Rogers Communications d’être avalé par AT & T font l’objet de menaces au Canada. Rogers adopte la position de l’organisme de réglementation de la radiodiffusion au Canada et demande que son nouveau service de radiodiffusion mobile soit exempté des règles de contenu canadien qui étayent les industries canadiennes de cinéma/télévision et de musique.
5. Et finalement, ces menaces ne seront pas écartées par la nouvelle
Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Le projet de Convention, qui sera largement ratifié, croit-on, par la Conférence générale de l’UNESCO le mois prochain, est un pas politique positif qui créera, espérons-le, un environnement et un forum dans lesquels les gouvernements et la société civile préoccupés par ces questions auront l’occasion de continuer à travailler ensemble. Peut-être que cela ralentira le processus de l’érosion de la souveraineté culturelle. Mais, la Convention n’a pas réussi à exclure les biens et les services culturels des accords de commerce.
On a demandé aux membres de ce panel de répondre à la question : Est-ce que les nouveaux développements technologiques vont aider au développement durable ou creuser davantage la fracture numérique. Voici une autre statistique intéressante qui, en 2003, pendant qu’on comptait seulement 25 millions de téléphones terrestres en Afrique, et moins qu’un sur cinq Africains ayant accès à une source fiable d’électricité, il y avait 52 millions d’abonnés africains au téléphone cellulaire. Sans la mobilisation de citoyens, partout dans le monde, pour appuyer la mise en place de politiques solides pour promouvoir le pluralisme des médias et la diversité des contenus, j’ai peur que le terrible scénario suivant arrive. Un déploiement rapide des technologiques numériques va se poursuivre partout dans le monde en offrant de moins en moins de choix dans les contenus. À quoi auront accès le chasseur inuit dans le grand nord canadien sur son GPS, l’homme de la brousse dans le sud de l’Afrique, et Garry Neil avec son système de cinéma-maison à Toronto ? Un choix de plus en plus restreint de contenus, que ce soit pour le divertissement, les actualités et l’information, produits et programmés pour nous par un nombre de plus en plus restreint de personnes, qui travaillent pour de moins en moins nombreuses compagnies mondiales.
4. Le mouvement de la société civile mexicaine pour la promotion de la culture
Rapport spécial préparé par Rafael Segovia, membre du Comité de direction du RIDC
Durant les derniers mois, la « température » politique du Mexique a augmenté de façon exponentielle. Toute l’attention est portée sur les élections fédérales de 2006 étant donné qu’on soulève à nouveau des questions traditionnelles suite à l’apparition sur la scène politique de Andrés Manuel Lopez Obrador, gauchiste (PRD), maire de la ville de Mexico. Sa présence très forte dans les médias lui confère des appuis des secteurs-clés des pouvoirs sociaux, politiques et économiques. Sa victoire en 2006 apporterait un changement radical dans les politiques du Mexique, mettant fin aux nombreuses prérogatives traditionnelles du parti en place depuis fort longtemps (PRI) et de l’aile droite, catholique PAN (« sa deuxième voix » depuis plusieurs années, en poste à la présidence).
Au-delà de tous ces changements dans l’équilibre politique, la société civile mexicaine est fort insatisfaite du système politique en place et en appelle à l’arrêt de la corruption, de la violence et du crime, ainsi qu’à la dépendance politique et économique envers les É.-U. qui a caractérisé la gestion du PRI depuis 70 ans et les cinq dernières années chaotiques du gouvernement PAN.
Pendant toute cette époque, le milieu culturel a également vu ses intérêts de plus en plus affectés par les activités des compagnies transnationales, l’érosion des politiques publiques et l’accroissement de l’inefficacité des agences culturelles publiques. Pendant que les ministères du Revenu et des Affaires économiques imposaient des coupures dans les budgets, l’augmentation du fardeau fiscal et la promotion de la privatisation du secteur culturel, le Conseil national des arts (CONACULTA) a prouvé à plusieurs reprises qu’il était prêt à saisir des secteurs entiers du réseau culturel étatique et à ouvrir des secteurs hautement symboliques (comme les sites archéologiques) à l’investissement privé. À titre d’exemple, en 2003, Conaculta s’est lancé dans le processus de la fermeture de son école de cinéma (une des deux qui existe au pays), les studios de cinéma Churusco, propriété de l’État, le Fonds national pour la promotion de l’artisanat (FONART) et l’Institut mexicain du cinéma (IMCINE).
La réponse de la communauté culturelle s’est exprimée par des marches dans les rues et des commentaires dans les médias, ce qui a permis de mettre un frein aux plans de l’agence. Mais, d’autres plans ont réussi à faire démissionner une demi-douzaine de hauts fonctionnaires de la culture, y inclus le directeur de l’Institut national des Beaux-arts (INBA), Ignacio Toscano; le directeur de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (INAH), Sergio Raul Arroyo; le directeur des affaires juridiques, Franscico Dorantes et la directrice du Centre national des arts (CENART), Lucina Jimenez. Quelques autres ont annoncé leur intention de démissionner. Cette « critique officielle » a servi d’appui moral à la société civile dans son opposition à la politique culturelle du Gouvernement fédéral.
Pendant ce temps, un « scandale » financier dont l’origine se trouve dans l’opposition entre le Congrès et le Gouvernement, a eu des répercussions dans le milieu culturel. En décembre 2004, les Députés ont modifié le Budget fédéral 2005 qui leur avait été présenté par le Président du groupe économique, et parmi ces modifications, ils ont augmenté le budget du secteur culturel d’une manière tellement significative que cela en a fait le plus haut budget jamais planifié pour le secteur culturel. Cette modification permettait enfin d’apaiser le conflit qui perdurait entre les syndicats des travailleurs culturels du INBA et du INAH et leurs employeurs. Le nouveau budget a été rejeté par le veto du Président Fox et ce qui aurait pu être une mesure d’apaisement est devenu une lutte amère, dirigée maintenant contre Conaculta et le Gouvernement fédéral.
Il est important de rappeler aussi un autre conflit qui a dominé pendant longtemps entre Conaculta et INBA et INAH. Ces deux Instituts précèdent la création de Conaculta (1988), la seule des agences culturelles du Gouvernement fédéral, et ils ont été mis en place par une constitution juridique pleine et entière. Conaculta a été créée simplement par un décret présidentiel et agit comme une agence décentralisée ce qui signifie que son statut légal est inférieur à ceux du INAH et du INBA. Par ailleurs, Conaculta a tenté de remplir les fonctions principales des Instituts et elle a doublé certains de leurs départements et avec des pouvoirs discrétionnaires et des prérogatives financières, il y a eu plusieurs cas controversés de corruption et de détournements de fonds.
Dans ce contexte explosif, divers mouvements clés de la société civile tentent de se réunir et de construire une vision partagée d’un nouvel ordre institutionnel pour la culture.
Le premier regroupement de la société civile que je vais vous présenter est probablement le plus dynamique et le mieux organisé, le (Groupe pour) « la démocratie médiatique » (Media Democracy). Les membres viennent de divers médias et milieux des communications, tel la communauté des diffuseurs radiophoniques, les producteurs de la vidéo indépendante et/ou de cinéma, les développeurs d’internet, des journalistes, etc.
Ce groupe travaille fort pour obtenir un espace de dialogue avec les agences gouvernementales en charge des questions sur les communications : les ministères des Communications et du Transport (SCT), de l’Intérieur (SEGOB), des Affaires étrangères (SRE) et le Congrès. Leurs négociations portent principalement sur la nouvelle loi fédérale de la Radio et de la Télévision, qui est bloquée depuis près de trois ans – après avoir été approuvée par le Sénat – par la pression des lobbys du secteur des médias commerciaux qui sont regroupés en formation très concentrée.
Cette loi pourrait régler les questions touchant le cadre légal dans lequel devraient travailler les radios communautaires, selon certaines garanties légales et techniques. Au contraire, le chapitre mexicain de l’AMARC a été forcé de combattre pouce par pouce pour obtenir non sans peine un renouvellement de leur ancien permis, annulé à la suite de pressions des lobbyistes.
Le groupe lutte maintenant pour obtenir une voix au SMSI, à titre de membre formel de la délégation mexicaine à Tunis. En dépit de plusieurs réunions, des séances d’information et de rondes de négociations, il n’y a pas encore un engagement clair de la part des hauts fonctionnaires. Cependant, les membres des organisations internationales, telles l’AMARC ou l’APC, seront présents au SMSI par l’intermédiaire de leurs organisations, et pourront confronter la délégation mexicaine, si, à ce moment-là, le groupe n’a toujours pas encore été admis.
Le deuxième regroupement, plus vaste et plus divers, est né au moment où le groupe politique clé, l’Association nationale pour la réforme de l’État, a décidé de s’engager dans une vaste consultation de la société civile menant à un lobby national pour changer les conditions structurelles qui entraînent la corruption et les violations des droits humains.
À un certain moment durant ce processus d’Ordre du jour de la Société civile pour la réforme de l’État (CSASR), j’ai été invité à joindre le comité d’organisation à titre de représentant de différents groupes culturels, incluant le RIDC. Le Comité est convaincu maintenant de l’importance de la culture comme cheville ouvrière de la réforme constitutionnelle et a mis sur pied un groupe de travail sur « Patrimoine humain et développement », un forum multidisciplinaire permanent pour échanger sur la culture, l’éducation, la recherche scientifique, le patrimoine culturel, les cultures traditionnelles et autochtones, et les médias.
La Première rencontre nationale du CSASR a eu lieu à Patzcuaro, une belle ville coloniale située dans le centre-ouest de l’État de Michoacan. Les conclusions du Groupe de travail sur la culture (formé de 38 personnes provenant de différents milieux et d’États) sont riches et créatives et incluent des propositions pour une réforme constitutionnelle ( en particulier, la reconnaissance des droits individuels culturels et des libertés), une réforme législative et une, institutionnelle, toutes trois basées sur une nouvelle vision de la culture et de la diversité culturelle, en en faisant des outils de développement, et de base pour l’établissement d’un État sain et démocratique.
Après cette première rencontre nationale, il y aura des réunions régionales menant à un diagnostic plus élaboré des problèmes affectant les divers secteurs culturels à travers le pays. Les conclusions finales de ces forums seront présentées aux candidats des élections de 2006 et seront portées plus loin par un ensemble très diversifié d’organisations de la société civile du pays. Ce processus est appuyé par la CNUCED ainsi que par la Fondation Rockefeller et l’Institut mexicain pour le développement social (INDESOL). Cette initiative est issue de l’Association pour la réforme de l’État, qui compte parmi ses membres certains des plus brillants politiciens, intellectuels et chercheurs.
Sur une autre scène, le Congrès a fait un appel public demandant la participation de la société civile au « Parlement culturel », une initiative qui vise à développer un appui pour les projets de lois qui font partie des projets de gouvernance de Conaculta. Conacaulta tente d’obtenir un statut légal en faisant la promotion d’une nouvelle Loi qui lui donnerait un statut légal soit à travers le Ministère de la culture soit à titre « d’agence décentralisée ». Conaculta fait également la promotion d’amendements constitutionnels : le premier s’inspire des recommandations de l’UNESCO sur l’inclusion des droits culturels séparé du droit à l’éducation; un autre qui vise à renforcer les droits de propriété individuelle et corporative, en réponse aux pressions de É.-U. sur la question du piratage. Dans ce projet, il y a une proposition qui confirme l’importance des industries culturelles comme secteur-clé pour le développement industriel et économique. Le troisième projet à l’ordre du jour du Congrès est une « Loi générale pour la culture ». Cette loi n’a pas encore fait l’objet de discussions approfondies et a très peu de chance d’être approuvée avant la fin du terme de ce Congrès. L’avant-projet de cette loi générale proposée par le PRD est tout de même un projet intéressant qui évoque des questions importantes telles le droit des citoyens d’apprécier, de pratiquer, de préserver et de promouvoir la culture sous toutes ses formes ou quelques obligations de l’État d’assurer les libertés culturelles et de fournir les fonds nécessaires pour le développement culturel.
Peu importe l’ordre du jour du Parlement culturel, certains secteurs de la société civile se sont opposés aux rencontres en disant que cela avait été fait de façon irrégulière : l’appel des présentations et des délégués a été lancé seulement deux semaines avant les rencontres régionales préliminaires, qui ont été organisées dans seulement six villes – cinq à la fin, étant donné qu’Acapulco a annulé son forum – et ces rencontres étaient très peu accessibles à la grande majorité. Certains membres de la communauté culturelle croient que cela a été fait intentionnellement pour les écarter du processus de consultation et pour inclure plutôt une majorité de fonctionnaires culturels et d’employés gouvernementaux.
Un membre du RIDC, le Réseau mexicain pour la diversité culturelle, a tenté d’organiser un forum d’artistes et d’intervenants culturels pour continuer les discussions amorcées à Patzcuaro et il a travaillé avec certains membres des groupes contestataires qui veulent que le forum porte son attention sur les questions qui ont été soulevées dans la convocation. Néanmoins, nous avons été dépassé par un autre groupe, des chercheurs et des techniciens (restaurateurs, archéologues, enseignants en art, historiens, etc.) du INBA et du INAH qui organisaient en même temps un forum similaire. Nous avons décidé de nous joindre à eux et de co-organiser « Un Parlement culturel alternatif », qui devait avoir lieu dans les dates entre les forums régionaux et la session finale (tenue à Mexico) du Parlement « officiel ».
Les présentations durant ce Parlement « alternatif » dégageaient un diagnostic très précis sur les problèmes les plus urgents dans les différents champs culturels. Les conclusions finales étaient concises et radicales :
◊ Le Parlement alternatif n’a pas été capable d’obtenir un consensus sur aucun des contenus proposés dans l’ordre du jour « officiel » parce que les participants l’ont trouvé inapproprié, et même impossible pour déterminer et approuver toute loi dans ce cadre aussi précipité, sans analyse en profondeur du diagnostic sur les questions culturelles à jour à Mexico. Par conséquent, ils ont demandé de prolonger le processus du Parlement.
◊ Une autre résolution proposait la continuation des discussions du Parlement alternatif dans des forums régionaux et des rencontres qui auraient lieu durant les prochains mois. Étant donné qu’il existe déjà un projet similaire de rencontres régionales à partir de l’Ordre du jour de la société civile pour la réforme de l’État, il est possible que les deux programmes soient fusionnés et que le CSASR bénéficierait d’un appui appréciable et d’une participation des chapitres régionaux des syndicats de l’INAH et du INBA à travers le pays.
Le vaste mouvement culturel généré par toutes ces initiatives vont entraîner certaines de sérieuses discussions entre les secteurs de la société civile et ceux du gouvernement, spécialement le Congrès, et cela pourrait servir de tremplin pour des changements substantiels dans les politiques culturelles. Mieux encore, comme l’a mentionné l’un des conférenciers, créer une réelle politique culturelle que le Mexique attend toujours. Cela signifierait qu’elle soit une véritable « politique étatique », impliquant la coordination transversale à l’intérieur des agences gouvernementales, une révision des mesures inadéquates existantes, comme celle de la non-inclusion de la clause de l’« exception culturelle » dans les accords de commerce ou, ce qui manque cruellement, la création de réelles mesures fiscales incitatives.
À la fin, l’idée derrière la plupart des propositions de la société civile est d’atteindre un consensus pour l’établissement de nouveaux fondements pour l’État au moyen d’un nouveau concept constitutionnel. Et c’est précisément ce que sera notre objectif principal pour les prochains mois et avant les élections fédérales de 2006.
1) entreprendre un diagnostic en profondeur de tout le secteur culturel, incluant parmi d’autres points, l’éducation, la recherche scientifique, les médias, le statut de l’artiste et des cultures autochtones et des langues, etc.;
2) développer un projet de nouvelle Constitution (c’est une tâche générale qui pourra être remplie par le CSASR, mais les secteurs culturels de la société civile feront leur part en élaborant des articles ou des paragraphes à être inclus dans ce projet); et
3) développer un projet de nouvelle législation incluant les plus lois fédérales les plus pertinentes qui permettront de changer ce que nous voulons changer.
Cet ordre du jour sera présenté à tous les candidats à la présidence et aux candidats du Congrès pour les élections 2006 et nous nous servirons de lobbys très solides et très bien coordonnés.
Il est clair pour une grande partie de la population du Mexique que les changements que tout le monde espère n’arriveront jamais s’il n’y a pas une reconstruction radicale des structures de gouvernance du pays. Pour les ONGs et les autres, cela signifie une action politique concrète axée sur la réforme de l’État.
En toute coïncidence, les rebelles Zapatistes ont lancé récemment un appel de ralliement appelé « l’autre campagne ». Ce cri a eu des échos puissants et a même défait le Parti de gauche de la Révolution démocratique (PRD) qui se déclarait le réel représentant des aspirations du peuple. Cette « autre campagne » a beaucoup de choses en commun avec le projet de réforme de l’État et avec les luttes de la société civile pour une réforme des structures de gouvernance. Le milieu culturel fait partie de ce mouvement et pourrait être le créateur de ses propres outils et projets : une société équitable et démocratique basée sur les libertés culturelles et sur le respect de la diversité culturelle.
5. Diversité culturelle : Soutien au développement humain
Par Ibrahima Seck, Coordinator du RIDC pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre
Le Réseau International pour le Développement Culturel (RIDC) va tenir sa Sixième Rencontre annuelle à Dakar (Sénégal), du 17 au 20 novembre 2005. A cette occasion, le RIDC, la Coalition Sénégalaise pour la Diversité Culturelle (CSDC) et le Réseau des Acteurs Socioculturels du Sénégal (RASC) organiseront une conférence internationale sur le thème : « Diversité Culturelle, Cohésion Sociale et Développement Durable: Diversité Culturelle pour le Développement, réduction de la pauvreté, suppression des inégalités et promouvoir l’émancipation ».
La rencontre de Dakar devrait permettre d’accélérer l’amorce de la Renaissance Africaine par le biais de la Diversité Culturelle. Cette espérance et ce combat se développent au moment où la mondialisation de l’économie, sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), tente l’homogénéisation pernicieuse de la culture et des arts, phénomène qui entraînera la perte du patrimoine culturel des peuples autochtones.
En effet, la rencontre de Dakar se tient dans le nouveau contexte des nouvelles négociations en cours au sein de l’OMC, qui vient de fêter son dixième anniversaire. Ces négociations subissent malheureusement des pressions de certaines grandes puissances dont l’idéologie de l’homogénéisation de tous les secteurs d’activités de la vie, y compris celui des Arts et de la Culture doit être dénoncée.
Elle se tient à un moment où l’Afrique en adoptant le Nouveau Partenariat pour le Développement en Afrique (NEPAD), a décidé de s’impliquer dans la mouvance globale pour mieux profiter du développement mondial.
Cependant, l’Afrique ne se limite pas au seul continent Africain. La Diaspora Africaine éparpillée dans tous les continents, les plus de 100 millions de personnes ayant des ancêtres Africains, les populations marginalisées des pays développés, sont décidés à partager le même combat que l’Afrique, pour l’avènement de la Renaissance Africaine, du triomphe de l’Hymne National Noir et du Panafricanisme Culturel, mais aussi de l’atteinte de l’épanouissement global sur le plan culturel, social, économique, écologique et politique de l’ensemble de l’Humanité. Cette diaspora participera aussi à la rencontre de Dakar.
La rencontre de Dakar se tient aussi à un moment où la Convention sur la Protection de la Diversité des Contenus Culturels et des Expressions Artistiques, sous l’égide de l’UNESCO, va certainement être adoptée par les pays membres en Octobre 2005 à Paris, en France. Ainsi, il restera le problème de la ratification et de la mise en œuvre de cette convention au niveau des pays.
Elle se tient enfin à un moment où le RIDC qui, depuis sa création , a œuvré contre les effets de la mondialisation sur les arts et la culture, évolue vers le soutien du développement culturel en supportant la mise en œuvre de projets culturels concrets comme la réforme des medias, la création d’industrie musicale et d’industrie audiovisuelle, le développement des écrivains et de l’édition locale, la promotion du film, la promotion des groupes ethno linguistiques et le développement de l’artisanat traditionnel, etc.
Ainsi, le RIDC, tout en continuant son rôle de lobbying, va encourager les gouvernements à adopter une position proactive dans l’élaboration de politiques culturelles réalistes avec des touches qui leur sont particulières selon leurs modes d’intervention publiques, et à créer un environnement favorisant la mise en œuvre des projets culturels venant du secteur des communautés locales et la création d’industries culturelles novatrices, permettant aussi aux Artistes-créateurs, de vivre sainement de leurs œuvres.
Ainsi, le RIDC va faire une campagne d’information auprès des Agences bilatérales et multilatérales de développement, afin qu’elles allouent beaucoup plus de ressources financières de leur budget aux projets culturels.
La rencontre de Dakar va réunir des Sommités Mondiales de la Culture et des Arts. Ces personnalités culturelles viendront de tous les continents pour partager, communier et définir des stratégies futures pour un monde meilleur, un monde de paix, de solidarité, de prospérité, de justice sociale et de bien-être pour l’ensemble de l’Humanité.
Au Sénégal, un Comité National d’Organisation a été mis en place. Ce comité travaille depuis des mois pour la réussite de la rencontre de Dakar.
6. Événements et annonces
Si vous avez raté l’inscription de l’événement présenté par votre organisation, s.v.p. communiquez avec le Secrétariat au incd@ccarts.ca pour une inclusion dans le prochain bulletin.
Conférence internationale des arts communautaires
Community Arts Forum
21-23 octobre 2005
Belfast, Irelande du nord
8e Conférence sur la culture européenne
Centre des études européennes
26 au 29 octobre 2005
Pampelune, Espagne
http://www.unav.es/cee/pagina_9.html
Sommet mondial sur la Société de l’information
16-18 novembre 2005
Tunis, Tunisie
Troisième Sommet mondial sur les arts et la culture
14-16 juin 2006
Newcastle Gateshead, Angleterre
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Le RIDC remercie le Ministère du
Patrimoine Canadien, l'Agence suédoise de développement international, le
Gouvernement de France et la Communauté
Flamande de leur précieux
soutien.