Bulletin – Avril 2005
Vol. 6 No 4
Table des matières :
1. Nouvelles du RIDC
2. Ce qui se passe à l’UNESCO
3. Le Symposium de l’Organisation mondiale du commerce/Le Séminaire du RIDC
4. Le cinéma et la diversité culturelle
5. Événements et annonces
1. Nouvelles du RIDC
Le RIDC à l’Organisation mondiale du commerce
Les impacts de la Convention à l’UNESCO sur les règles du commerce à l’OMC
29 avril 2005
Une délégation de membres du RIDC a présenté les exigences d’une Convention contraignante devant des personnes clés des gouvernements et des représentants de l’OMC à Genève, du 20 au 22 avril 2005. Lors du séminaire du RIDC qui faisait partie des conférences offertes dans le cadre du Symposium de l’OMC et lors de rencontres bilatérales, le RIDC a souligné comment les règles du commerce multilatéral et les négociations actuelles sous l’Accord général du commerce des services (AGCS) continuent de restreindre le droit des gouvernements d’appuyer leurs propres artistes et producteurs culturels et d’encourager la diversité des médias.
Ce séminaire a accueilli plus de 100 personnes, des délégués de l’OMC et des ONGs, pour cette discussion de trois heures. Jane Kelsey, membre du Comité de direction du RIDC et professeure de droit à l’Université d’Auckland, a mis en lumière les conséquences néfastes, directes et indirectes, de l’AGCS sur les politiques culturelles et les médias. En plus du défit continuel sur les politiques audiovisuelles, les négociations actuelles sur les services des télécommunications et des ordinateurs représentent une menace importante si elles faillent à tenir compte du contenu culturel qui constitue une partie intégrante de chacun de ces secteurs. La présentation de Jane est reproduite ci-bas.
Jacques Béhanzin, membre du Comité de direction du RIDC et Chef de la Fédération africaine des producteurs de cinéma, a parlé des inquiétudes des pays africains en voie de développement, la nécessité d’une Convention forte et du soutien croissant pour le développement des outils culturels et des industries créatrices.
Roy Mickey Joy, représentant rotatif de la Délégation permanente du Forum des Iles du Pacifique et Directeur du Commerce extérieur de Vanuatu, a traité des fortes pressions sur son gouvernement pour libéraliser les services audiovisuels au cours des négociations pour joindre l’OMC. À titre de Chef des négociateurs des pourparlers, il signale à quel point les ÉU exigent des engagements dans les services audiovisuels et comment son pays a retiré sa demande d’admission à la dernière minute parce qu’il croyait le prix de cette adhésion trop excessif. Le Vanuatu cherche actuellement une façon de réouvrir les discussions pour accéder à l’OMC, mais sans qu’il soit obligé de prendre des engagements dans les services culturels. Jane Kelsey qualifie le procédé d’accession à l’OMC de sale petit secret, étant donné les pressions exercées sur le Vanuatu, pressions qui sont semblables pour les autres États qui tentent aussi d’y accéder. L’une des conditions de l’accession de la Chine à l’OMC est d’accepter que le nombre d’importations de films d’Hollywood augmente à chaque année.
Garry Neil, Directeur général du RIDC et expert en politique culturelle, a passé en revue les développements d’une convention diversité culturelle, légalement contraignante, à l’UNESCO. Il a admis qu’il restait encore beaucoup de travail à effectuer pour s’assurer que cette convention soit efficace et il est confiant qu’un accord sera atteint sur la question d’octroyer à cette convention un statut légal équivalant aux autres traités commerciaux. Au cours de la discussion, certains ont émis des réserves quant à l’efficacité de la convention compte tenu de l’état des négociations actuelles à Paris.
Les délégués du RIDC ont rencontré également des personnes clés, y compris l’Ambassadeur canadien à l’OMC et des représentants de l’Afrique du Sud, de la Croatie, de la France et d’autres pays. Une des rencontres importantes, celle avec l’Ambassadeur Alejandro Jara du Chili qui préside le Conseil qui supervise les négociations à l’AGCS, l’Ambassadeur Claudia Uribe de Colombie, nouvellement élue Présidente du Conseil des services commerciaux et Hamid Mamdouh, Directeur de la Division des services commerciaux à l’OMC.
Quelques remarques importantes faites par les délégués du RIDC :
1. Ceux qui appuient la diversité culturelle à Genève continuent d’associer ce soutien exclusivement en termes de l’industrie culturelle, une prise de conscience limitée des impacts du numérique et les liens des engagements dans les services des télécommunications. L’Union européenne et les États-Unis ont réussi à retirer les questions sur les services audiovisuels des négociations actuelles tout en maintenant leur liberté de poursuivre leurs propres intérêts. Pour les ÉU, les échanges bilatéraux sont devenus prioritaires et c’est là qu’ils pensent obtenir le plus de gains, qui pourront ensuite être emprisonnés dans le multilatéral.
2. Il n’y a pas encore d’entente au sein de l’Union Européenne au sujet de la musique car, certains de ses membres voudraient ouvrir leurs marchés. Toutefois, l’UE n’aura pas une position offensive pour le moment. Elle veut principalement protéger ses propres intérêts culturels, ne pas inclure l’éducation et soutenir les pays en développement sur lesquels des pressions sont exercées pour prendre des engagements.
3. Les discussions sur la diversité culturelle à l’OMC sont perçues par des joueurs majeurs et d’autres comme un danger potentiel d’accroître l’opposition politique sur les efforts généraux de l’OMC de libéraliser le commerce des biens et des services. En fait, de part et d’autre, tous sont contents de voir ces discussions, sur la diversité culturelle, transférées à l’UNESCO. Ceci s’applique également aux supporteurs et aux opposants à la convention, étant donné qu’ils ont tous des intérêts propres à poursuivre à l’OMC et qu’ils ne veulent pas voir leurs négociations ralenties par ce problème politique. Les membres du RIPC ne semblent pas avoir beaucoup d’intérêt à travailler ensemble à Genève pour appuyer le processus de la convention à l’UNESCO.
Les présentations faites à l’OMC seront bientôt disponibles sur le site du RIDC.
2. Ce qui se passe à l’UNESCO
Le 21 avril, le Directeur général de l’UNESCO, Monsieur Koïchiro Matsuura, a présenté aux membres du Comité exécutif de l’UNESCO, une version consolidée d’une proposition de Convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques, version qui a été préparée par les membres du Bureau du Comité intergouvernemental. À la rencontre de février, le Dr Kadar Asmal, Président du Comité, a reçu le mandat de préparer un texte qui rassemblerait tous les éléments de la discussion accompagnés de recommandations de poursuivre.
Ce nouveau projet a été préparé à la suite d’une rencontre au Cap avec le Dr Asmal, Jukka Liede de Finlande, Président du Comité de rédaction; Artur Wilczynski du Canada, le Rapporteur du Comité; Mounir Bouchenaki, Directeur général adjoint pour la culture à l’UNESCO; et Katerina Stenou, Directrice de la Division des politiques culturelle et du dialogue inter-culturel à l’UNESCO.
Ce nouveau projet est disponible sous le titre Appendix II du rapport suivant : http://unesdoc.unesco.org/images/0013/001392/139257e.pdf
Ce document constitue une étape importante pour le développement de cette convention. En effet, ce texte recommande différentes propositions sur les questions non résolues à ce jour. Le RIDC va analyser ce projet avant la prochaine rencontre intergouvernementale qui aura lieu à Paris à partir du 25 mai.
3 Le commerce des services et des biens culturels : Évaluation de la compatibilité entre les règles du commerce de l’OMC et la convention sur la diversité culturelle de l’UNESCO
Symposium de l’Organisation mondiale du commerce/Séminaire
du RIDC
Par Jane Kelsey, membre du Comité de direction du RIDC
« Je viens de la Nouvelle-Zélande. La plupart d’entre vous, ici, savent que la Nouvelle-Zélande a trois objectifs dans le commerce international et à l’OMC – ils incluent l’agriculture, l’agriculture et l’agriculture. Cependant, en dépit de deux décennies de politiques néo-libérales qui ont radicalement changé notre pays, il y a toujours plus d’humains en Nouvelle-Zélande que de beurre, de moutons et de marchés d’importations.
Notre premier Ministre actuel, l’Honorable Helen Clark, est une mordue de la culture et est Ministre de la culture depuis que le Parti travailliste a été élu en 1999. Leur programme politique traite de la nécessité de reconstruire la nation après la période dévastatrice pour l’identité du pays, période portée par un gouvernement axé uniquement sur le commerce. Un point central de la politique de son gouvernement était d’introduire des quotas de contenu local obligatoire pour les ondes libres de la radio et de la télévision parce que le volume des contenus néo-zélandais dans les médias était le plus bas des pays occidentaux industrialisés. Peu après l’élection, on a signifié à Helen Clark qu’elle ne pouvait faire cela parce que la Nouvelle-Zélande avait ouvert son marché et avait pris des engagements kdans l’AGCS pour offrir le traitement national. Sa réponse fut la suivante :
« Nous nous sommes unilatéralement mis à nu face au commerce et très peu d’autres États ont fait cette chose stupide. Alors, nous sommes pris entre un désir légitime d’imposer un contenu local et les gens qui disent : vous ne pouvez pas faire cela à cause de l’AGCS. Cela semble un peu ridicule et nous tentons de nous en sortir le mieux possible. » (NZ Herald, 10 avril 2000)
Comme notre Premier Ministre, très peu de ceux qui sont impliqués directement dans le secteur de la culture, soit comme pratiquants soit comme supporteurs, ou qui valorisent simplement la diversité des cultures comme un enrichissement des identités, des communautés et des vies individuelles, savent que ces engagements commerciaux existent. Ceux qui en ont pris connaissance ont ressenti la même frustration que celle de Helen Clark. La culture va plus loin que le quotidien des artistes ou les profits des industries culturelles. La culture représente le fruit de diverses civilisations et est un véhicule pour l’histoire, la langue, la poésie, la musique et les histoires qui tissent la trame de toute identité et des relations personnelles, elle fournit des façons d’exprimer notre originalité et contribue à la richesse de la diversité. Tous ces aspects sont à la fois célébrés et contestés. – et cela n’est possible que dans un milieu qui soutient la culture comme une valeur en soi.
Comme Helen Clark l’a souligné, le fait que les accords de commerce puissent être une entrave aux choix des politiques des gouvernements pour promouvoir et défendre l’authentique diversité culturelle est ridicule. Contrairement à Helen Clark, par contre, nous sommes totalement opposés à l’idée que les politiques culturelles soient assujetties aux priorités d’accès au marché dans l’agriculture.
Quelle est la forme de cette menace ? Laissez-moi parler, ici seulement au sujet du commerce des services. La plupart de mes commentaires pourraient tout aussi bien s’appliquer aux questions sur l’investissement et aux règles d’acquisitions du gouvernement. Les accords sur la propriété intellectuelle soulèvent, toutefois, des questions légèrement différentes.
Premièrement, comme se fait-il que la culture soit insérée dans les accords sur le commerce des services ? Les engagements sur les services sont dispersés sur une centaine de description technique de produits – CPC (Classification centrale des produits). Il y a une certaine tendance dans le secteur culturel à mettre la priorité sur les services audio-visuels et les sous-chapitres sur la production, la distribution, l’exposition et la radiodiffusion. Par contre, les services sur les loisirs, la culture et le sport s’appliquent aux divertissements, aux agences de nouvelles, aux librairies, aux musées, aux archives, aux sports, aux loisirs, et autres services culturels. Les services professionnels comprennent l’architecture, la planification urbaine et paysagiste. La recherche et le développement ont des sous-catégories qui incluent les sciences sociales et humaines. Les autres services d’affaires sont la publicité, la photographie, l’impression et l’édition, et la traduction.
Alors, l’expérience unique et intégrée que les gens peuvent obtenir par l’acquisition d’un roman, est, en fait, répartie en sous-secteurs qui touchent l’écriture, l’édition, l’impression, la publication, la photographie, la traduction, les agences de nouvelles, la publicité, la finance, la distribution au détail et le transport ! Lorsqu’on demande aux pays d’accorder le plein traitement national et l’accès au marché dans ces secteurs, on demande aux gouvernements de garantir l’accès sans entraves et les droits pour permettre aux compagnies étrangères de s’investir dans toutes ces activités.
Même cette énumération n’est pas parfaite parce qu’elle laisse de côté tout le spectre des autres services soit, la finance, la production, la distribution et les échanges dans lesquels les corporations transnationales et les investisseurs dominent dans ce secteur culturel. Les stratégies et les politiques corporatives dans les services génériques comme le détail, la franchisation, la distribution, l’information technologique, l’immobilier, la consultation, les services financiers, les télécommunications et le commerce électronique, déterminent de plus en plus les pratiques dans ce secteur culturel. Le secteur le plus pertinent, ici, est certainement le commerce électronique. Pourquoi ? Parce que maintenant, presque tous les biens et services culturels sont créés, produits, distribués, exposés et conservés de façon virtuelle.
L’un des meilleurs exemples de puissance corporative est Walmart. C’est cette compagnie qui décide quelles musiques, quels livres, quelles revues et quels vidéos seront vendus dans ses magasins. En dominant tout le marché américain, c’est Walmart qui effectivement détermine le contenu de ces produits. Une personne importante chez EMI disait dans un article dans BusinessWeek (6 octobre 2003) qu’il était impossible de promouvoir un artiste dans le grand circuit sans l’accord d’un détaillant puissant. De grandes compagnies de musique fournissent à Walmart des versions édulcorées de musique qui sont diffusées dans les stations radiophoniques, les revues et livres doivent aussi rencontrer, sans compromis, les exigences du code d’éthique auto-défini par Walmart. L’étendue internationale de Walmart, y compris l’arrière-pays de la Chine, lui donne un pouvoir immense sur la distribution internationale de la culture. Par ailleurs, le CPC le plus pertinent pour Walmart ce sont les Services de distribution : au détail.
Il devient pratiquement impossible d’isoler les services culturels des classifications de l’AGCS. Il est aussi difficile de prédire les éventuels impacts et les applications des engagements pris dans ces services. Je pourrais illustrer cela avec plusieurs événements qui ont eu lieu au Canada, au Mexique, en Nouvelle-Zélande, en Corée du Sud, au Vanuatu. Laissez-moi vous donner un seul exemple qui illustrera l’importance croissante des accords bilatéraux comme moyens de négociations pour élargir les règles de l’AGCS, le tout restant plutôt paralysé.
Cela concerne l’émergence des technologies numériques. Il y a très peu de gouvernement qui avait prévu le coup en 1994 lorsqu’ils ont déposé leurs premiers engagements dans l’AGCS – comme les ÉU avaient eux-mêmes fait des réclamations dans le domaine des gageures sur Internet ! Les gouvernements qui étaient plus préoccupés par leur secteur culturel ont mis la priorité sur les catégories des services audiovisuels qui sont décrites dans la CPC. Les technologies numériques étaient couvertes à cette époque par d’autres services des télécommunications et l’Accord sur les droits de propriété intellectuelle reliés au commerce (ADPIC). En 1998, l’accord sur le commerce électronique qui a été conçu par les ÉU, et exigé comme condition préalable à la participation du Président Clinton à la Deuxième rencontre ministérielle de l’OMC à Genève, a mis un moratoire sur les frais de transactions douanières effectuées par le commerce électronique. Ceci compliquait la situation pour les pays qui désiraient garder un certain contrôle sur les représentations culturelles numérisées. Cela ne faisait pas non plus l’affaire de plusieurs compagnies américaines.
Les exigences des ÉU pour des engagements contraignants dans le domaine des médias numérisés se sont intensifiées, surtout dans les négociations bilatérales au sein desquelles, ils peuvent exercer encore plus de pression et créer une série de précédents qui pourront s’avérer très utiles. Lors des négociations de l’accord commercial de libre-échange entre le Chili et les ÉU en 2003, les ÉU étaient prêts à accepter les protections existantes dans les secteurs culturels (clause de statu quo). Par contre, ils exigeaient des garanties pour un accès sans discrimination et une réglementation orientée vers le marché pour les compagnies du Chili dans le domaine numérique, domaine qui se développe de façon fulgurante. L’aspect du commerce électronique de cet accord a été rédigé d’une manière si large que tous les produits transigés ou distribués de façon numérique, y compris les services culturels, s’y trouvaient inclus. Ceci est un des premiers exemples concrets du changement de l’industrie américaine et de la stratégie du gouvernement. Lors d’une conférence du RIDC à Washington en janvier dernier, Bonnie Richardson de la MPAA a déclaré que l’industrie et le gouvernement ne cherchent plus à faire enlever les quotas existants et les règles de radiodiffusion. Il est plutôt préférable de confiner ceux-ci à leur étendue actuelle. La bataille primordiale dans la culture actuellement porte sur le fait que la culture se tourne vers les télécommunications et les débats sur le commerce électronique.
Des propositions similaires ont été sérieusement contestées par le secteur culturel de l’Australie lors des négociations d’un accord de libre-échange Australie-ÉU conclu en 2004. Les ÉU défendaient le principe que le numérique est un produit différent de l’analogue, tandis que les Australiens maintenaient le fait que c’était le même produit tout simplement fourni par un autre mode de distribution. La Coalition australienne pour la diversité culturelle a contesté, sans succès, et même en acceptant le statu quo cela lierait les mains du Gouvernement australien au moment où il voudrait adopter des nouvelles politiques innovatrices, incluant des stratégies pour promouvoir les industries culturelles numériques, et cela exclurait effectivement la création de politiques culturelles australiennes pour Hollywood. Selon le représentant du commerce américain, l’accord final invite chaque gouvernement à adopter des mesures de protection pour les produits numériques comme pour les logiciels, la musique, les textes et les vidéos et à encourager l’adoption de mesures faisant la promotion du commerce au moyen du commerce électronique.
L’Accord de libre-échange Australie-ÉU impose des clauses de statu quo onéreuses pour le Gouvernement australien. Il ne peut pas augmenter les quotas actuels de contenu local. Si les quotas étaient coupés, il ne pourrait pas les remettre au niveau antérieur. Des limites ont été appliquées aux quotas aux ondes libres de la radio et de la télévision. Des articles ont été insérés pour introduire des quotas basés sur les dépenses pour la télévision payante jusqu’à 10 % pour les arts, les enfants, les programmes documentaires et éducationnels, avec la possibilité d’augmenter ceux-ci pour le théâtre à 20 % en autant que cela n’était pas discriminatoire et pas plus compliqué à appliquer que nécessaire.
Ceci fut une concession suite aux pressions du lobby du secteur culturel, appuyé plus largement par tous ceux qui étaient contre l’accord. Par ailleurs, le Gouvernement australien a indiqué que même s’il y avait ces dispositions rien n’indiquait que ces clauses seraient utilisées, à moins que les abonnements à la télévision deviennent beaucoup plus significatifs et influencent ou dominent cette forme de média. Des quotas pour les services audio et visuel interactifs n’ont pu être introduits à moins que le Gouvernement prouve que le contenu local ne soit pas disponible immédiatement. Encore une, toute règle doit être transparente et la moins restrictive possible pour le commerce. Il n’y a pas eu d’exception pour la radiodiffusion publique, à part une exclusion générale pour les bourses et les subventions. La définition générale qui est citée comme protégeant les services publics – les services fournis dans le cadre de l’exercice gouvernemental autorisé – ne s’appliquera seulement lorsqu’il n’y aura pas d’aspect commercial et pas de compétition sur le marché. Aujourd’hui, aucune télévision ou radio publique et très peu de librairies et musées pouvaient satisfaire aux exigences de ce test.
En Nouvelle-Zélande, nous regardons avec envie l’Australie avec sa radiodiffusion publique et ses affaires courantes, SBS les nouvelles et les programmes internationaux, leur production cinématographique vibrante, leur théâtre, leur musique, les arts et les musées. Nous allons souvent là-bas pour consommer ces biens. Nous connaissons les risques de gouvernements menés par des idéologies qui prennent des engagements dans les services qui vont emprisonner les agendas politiques néolibéraux qui voient la culture comme une marchandise échangeable au plan commercial. Plusieurs autres gouvernements ont encore une connaissance très limitée de toutes les implications. Dans le cas de pays qui tentent d’accéder à l’OMC, ils doivent céder à des demandes sans commune mesure ou demeurer en dehors de l’OMC comme l’a fait le Vanuatu.
Cette année, les négociations à l’AGCS et l’avalanche d’accords bilatéraux et régionaux ont fait sensiblement augmenter la pression sur les gouvernements pour qu’ils renoncent à leur droit de faire des politiques et des lois qui promeuvent et protègent la véritable diversité culturelle. Il est essentiel pour maintenir le pouvoir et la volonté des gouvernements qu’ils disent non - pas seulement aux services audio-visuels mais à l’ensemble des engagements qui viendraient fermer leur espace national et la durabilité de la diversité culturelle. Je cède la parole à mes collègues pour discuter plus amplement des moyens utilisés dans cette approche.
3. Cinéma et diversité culturelle
Par H.E. Mohamed Tangi
Ambassadeur du Royaume du Maroc au Canada
Divercin Festival, Ottawa, mars 2005
Le cinéma, la culture, la francophonie, l’amitié : tels sont les quatre mots-clés de notre rencontre d’aujourd’hui. Ces thèmes, ce sont des réalités qui nous rassemblent et des valeurs que nous partageons.
Le cinéma d’abord. Oui, le Maroc, tout comme le Canada et la France et d’autres pays francophones, est un pays de cinéma. Ce cinéma qui fait rêver, et qui jette un regard sur les fractures, les souffrances et les cicatrices de nos sociétés, ce cinéma qui est aussi une immense ouverture sur le monde qui nous entoure, sur le monde où nous vivons.
L'image, le cinéma ont le don de faire naître le rêve, d'appeler au dépassement de soi, de rendre possible, accessible et probable l’ouverture, l’évasion et la gaieté. Elles peuvent révéler le pire, engendrer les spirales de la haine, mais elles savent également forger les volontés, créer les solidarités, jeter les bases d'une prise de conscience mondiale.
Allié et instrument de la diversité culturelle, le cinéma, prouve sa vocation à illustrer l'évolution des sociétés, la richesse de leurs cultures. La culture, parce qu’elle repose sur ce que la philosophe française Simone Weil appelait « l’enracinement », est au cœur de cette identité collective, une identité venue du fond des âges, mais une identité qui est tout autant un projet qu’un héritage, un projet fondé sur des valeurs, des valeurs communes, qui transcendent les différences.
C’est en tant que représentant d’un pays convaincu de l’importance fondamentale de la culture et de la diversité des cultures que je m’adresse à vous. La diversité des cultures exprime la singularité même de l’aventure humaine faite à la fois d’unité, unité sacrée du genre humain, d’universalité, universalité des Droits de l’Homme et de diversité, diversité des cultures, des langues, des usages, des coutumes. Cette diversité n’est pas une invitation à l’enfermement des cultures sur elles-mêmes. Elle est incitation à l’échange, au dialogue, à la circulation, dans un monde ouvert, des œuvres, des idées, des artistes.
Le Maroc aime le cinéma et lui accorde une grande importance. Le Maroc affiche clairement sa ferme volonté d'aller de l'avant dans la consolidation de ses acquis dans le domaine cinématographique, considéré comme l'un des principaux vecteurs de promotion de l'activité culturelle, pilier essentiel du projet de société démocratique et moderniste conduit, avec détermination, par notre Sa jeune Roi Mohammed VI.
De l’avis de plusieurs observateurs, le cinéma marocain a enregistré ces dernières années un développement considérable. La production cinématographique au Maroc, aux débuts trébuchants des années 50, a connu une grande évolution. De 1999 à 2004, la moyenne de production a atteint huit films par an, au moment où la sortie de deux films par an constituait, jusqu'à un temps très récent, une grande réalisation en soi.
Le Maroc projette d'atteindre une production de 20 films par an dans les trois années à venir. Cette augmentation quantitative est due notamment à la création du Fonds d'aide à la production cinématographique qui consacre annuellement la somme de 30 millions de dinars pour la production de sept films.
Au Maroc, on est de plus en plus conscient que le Cinéma, en plus d’être une expression et un vecteur culturel, peut générer une plus value économique, des études ayant démontré que le 7e art fait partie des industries qui contribuent à la promotion économique et culturelle ainsi que touristique.
Le Maroc, lieu prisé également pour le tournage des films internationaux. Depuis quelques années, plusieurs réalisateurs de renom ont choisi de tourner leurs films dans le Royaume, tels que le film américain «Gladiateur» avec un coût de 130 millions de dollars. Le budget consacré au tournage dans le Royaume a atteint 17 millions de dollars, somme dépensée dans sa totalité au Maroc. Les attraits des sites naturels et culturels du Royaume et l’existence des studios, bien équipés sur place, permettent actuellement de tourner au moins 20 films par an. La ville de Ouarzazate est devenue, ainsi, depuis quelques années, le principal lieu de tournage de films dans le monde arabe, en Afrique et au Proche-Orient et un pôle cinématographique d’envergure internationale.
La ville de Marrakech, pour sa part, est honorée de recevoir depuis quatre années un grand festival de cinéma. Marrakech, cité millénaire, carrefour séculaire de brassages de diverses cultures et civilisations, dédie son festival à la diversité culturelle et s'inscrit dans cette perspective historique qui a toujours été la sienne. Ce festival, conçu pour être une agora pour un débat pluriel et enrichissant, aspire à prendre place dans l'agenda des grands rendez-vous internationaux dédiés au 7e Art. Aussi, le Maroc ne se contente pas de rester uniquement un lieu de tournage, mais a décidé d'accorder des subventions à la production nationale, de mettre en place des laboratoires, d'assurer la formation des cadres, d'encourager la coproduction et de participer aux différents festivals du monde.
Tenja, le film marocain présenté dans ce festival, offre une nouvelle image d'un cinéma marocain, tourné résolument vers l'universel et illustre bien le renouveau de l’industrie cinématographique marocaine. C’est le premier long-métrage d’Hassan Legzouli.
Né au Maroc en 1963, M. Legzouli arrive en France au début des années 80 pour étudier les mathématiques. Mais, pour notre bonheur, le jeune homme s'oriente bientôt vers le cinéma, et intègre l'INSAS, prestigieuse école bruxelloise. Après plusieurs courts-métrages, il signe en 1998 un moyen-métrage présenté au Festival de Namur, Quand le soleil fait tomber les moineaux. Hassan Legzouli a présenté son premier long-métrage, intitulé, Tenja.
Mais au fait, que signifie Tenja ? « Il y a une légende au Maroc qui raconte que Noé, perdu au milieu du déluge, a vu une colombe se poser sur son arche. Constatant qu'elle avait de la glaise sur les pattes, Noé s'est mis à crier : "Ten ja !", ce qui en arabe signifie « la terre est là, la terre est revenue ». C'est la légende que racontent les Tangérois pour expliquer l'origine du nom de leur ville. Voilà pour la légende. »
4. Événements et annonces
Rencontre mi-annuelle du RIPC
9 mai, 2005
Bruxelles, Belgique
La diversité culturelle dans les sociétés du savoir
Saint-Petersburg, Fédération de Russie
17 mai 2005
http://portal.unesco.org/culture
Conférence nationale pour la réforme des médias
Free Press
13 au 15 mai 2005
St.Louis, ÉU
http://freepress,net/conference/
Les Américains pour les arts
11 au 13 juin 2005
Austin, ÉU
www.artsusa.org/services/events/eventsa.asp
Forum mondial culturel
4 au 7 juin 2005
Jordanie
Les dynamiques de la communication : Nouvelles manières et nouveaux acteurs
Réseau Culturelink
9 au 12 juin 2005
Zagreb, Croatie
http://www.culturelink.org/conf/clinkconf/
Symposium international sur la diversité culturelle
28-29 juin 2005
Santiago, Chili
8e Conférence sur la culture européenne
Centre des études européennes
26 au 29 octobre 2005
Pampelune, Espagne
http://www.unav.es/cee/pagina_9.html
Sommet mondial sur la Société de l’information
16-18 novembre 2005
Tunis, Tunisie
6e Rencontre annuelle du RIDC
17 au 21 novembre 2005
Dakar, Sénégal
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