CULTURE, DÉVELOPPEMENT ET DIVERSITÉ CULTURELLE:

QUESTIONS À L'INTENTION DU RIDC ET LEUR

SIGNIFICATION POUR LA CONVENTION

SUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE

 

DOCUMENT RÉDIGÉ POUR LE

RÉSEAU INTERNATIONAL POUR LA DIVERSITÉ CULTURELLE

CONFÉRENCE DU CAP, 11-13 OCTOBRE 2002

 

Lors de rencontres à Santorin en 2000 et Lucerne en 2001, le Réseau international pour la diversité culturelle a approuvé l'idée d'une nouvelle Convention sur la diversité culturelle, soit un traité mondial destiné à fournir un fondement juridique permanent aux mesures gouvernementales qui encouragent la diversité culturelle. Le Comité directeur a rédigé l'ébauche d'une Convention dont les délégués auront l'occasion de discuter au Cap.

 

À la réunion de  2001, Burama Sagnia, coordonnateur du Collège itinérant africain pour la culture et le développement du Sénégal, a demandé aux délégués de réfléchir à la manière dont la Convention proposée pourrait garantir que les dimensions culturelles de la coopération internationale sont clairement comprises et reconnues par les nations industrialisées. Il a allégué que l'on pourrait, par exemple, créer un mécanisme selon lequel il serait possible d'évaluer les répercussions culturelles des projets de développement, un peu comme on évalue aujourd'hui les retombées sur l'environnement. Il a mentionné le besoin urgent de donner à beaucoup de pays des moyens d'action, en matière de culture, et a plaidé en faveur de l'intégration pratique de la culture dans les mesures et mécanismes destinés à assurer un développement durable. Il a exhorté le RIDC de réfléchir à la manière de faire de la Convention un catalyseur d'amélioration.  

 

Dans la foulée des discussions de l'an dernier à Lucerne et de discussions parallèles du réseau des ministres, le Comité directeur a établi que la relation entre la diversité culturelle et le développement, ainsi que leur incidence dans le contexte de la Convention, seraient le thème principal de la rencontre de 2002, au Cap.

 

Ce document a été rédigé par le secrétariat pour nourrir la discussion sur ces questions. Nous tâcherons de dégager des définitions des termes les plus importants, de mettre en relief certaines contradictions et de susciter des questions stimulantes. Étant donné que le bureau sud-africain du RIDC a joué un rôle important dans la rédaction du document et que le gouvernement d'Afrique du Sud a également rédigé un document de travail à l'intention de la rencontre des ministres, ses auteurs examinent la situation d'un point de vue sud-africain et sous l'angle du monde en développement.

Les individus acquièrent leur sentiment d'identité, leur amour-propre, leurs valeurs fondamentales et leur conception du monde en fonction de la communauté au sein de laquelle ils grandissent et passent leur vie.

 

C'est la manière dont notre communauté exprime sa culture qui forge notre personnalité et nous donne nos connaissances: la langue, la musique, les arts visuels, les métiers d'art et traditionnels, le théâtre, la poésie et la chanson. Par conséquent, la culture est un élément intrinsèque de la stabilité individuelle et communautaire, de notre amour-propre et de notre capacité de comprendre le monde qui nous entoure.

 

Sur un autre plan, la culture et les biens culturels se situent dans l'orbite de la guerre pour l'hégémonie, du combat pour la domination des idées, valeurs, croyances et conceptions du monde, à l'échelle non seulement de la planète, mais encore des États-nations, des communautés, des institutions ou des organismes.

 

Ce n'est pas une coïncidence si le colonialisme et l'apartheid ont décimé la vie culturelle des communautés autochtones. En général, les formes culturelles qui pouvaient être utilisées pour domestiquer les «locaux» ou pour mettre en oeuvre la stratégie qui consiste à diviser pour régner, ont été encouragées, tandis que l'on détruisait, réprimait ou ridiculisait les interprétations et conceptions des communautés autochtones. Des langues étrangères sont devenues des langues officielles, les églises et les religions étrangères ont joué un rôle important dans le mécanisme de domestication.

 

On n'a jamais encouragé les arts parmi les colonisés, ni au sein du système éducatif, ni en leur offrant des installations ou des ressources; ce sont des formes d'art étrangères, telles que l'opéra, la musique classique et le ballet, qui ont été importées pour divertir le colonisateur et les élites de l'apartheid. Ces formes ont fini par être imposées comme arbitres suprêmes de l'entreprise et de l'excellence artistique.

 

En dominant les institutions de socialisation qui sont les premiers diffuseurs de la «culture» - soit les médias de masse, le système éducatif, etc. -, les puissances coloniales et pro-apartheid ont cherché à étendre leur hégémonie, afin d'influencer et, ultérieurement, façonner les valeurs, croyances, conceptions du monde et goûts esthétiques de la majorité autochtone. Ainsi, ils ont cherché à se créer une légitimité plus vaste, pour justifier des structures sociales, politiques et économiques injustes, infléchies en faveur d'une minuscule élite.

 

Dans l'«économie de la connaissance», la culture est devenu le centre de la lutte locale, nationale et mondiale pour le leadership, en matière d'idées, croyances, conceptions et valeurs qui influencent notre monde. Les médias, les arts et les entreprises culturelles sont des phénomènes politiques importants parce qu'ils ont la capacité d'influencer, renforcer ou contester l'hégémonie de ceux qui dirigent notre monde, nos pays, communautés, institutions ou organisations.

 

Dans un monde postcolonial, post-apartheid, la culture, les biens culturels et les médias peuvent servir - consciemment ou non - de véhicules importants de néocolonialisme, non seulement aux individus mais encore aux nations. Ils ne sont pas neutres, car ils servent des intérêts particuliers.

 

C'est pourquoi il est nécessaire de prêter attention à la culture et à son rôle dans l'économie mondiale, dans les relations entre les puissances mondiales et au sein même des nations. 

 

Comme dans le cas de la «culture», on pourrait chercher en vain une définition unique du «développement». En gros, le développement est un mécanisme complexe qui cherche à surmonter les conditions sociales, économiques et humaines difficiles que le colonialisme et l'apartheid ont créées dans les pays ou communautés qui les ont subis.  Le développement vise à donner à ces pays ou communautés les compétences, la technologie, l'accès à l'information, les moyens financiers et autres ressources qui leur permettront d'être relativement autonomes sur le plan économique, maintenant qu'ils sont autonomes sur le plan politique.

 

En fonction des conditions particulières et du legs du colonialisme ou de l'apartheid, les pays «en développement» définissent différemment le développement et leurs propres besoins à cet égard. Mais bien que le développement se comprenne et soit nécessaire dans les contextes de la postcolonisation et du post-apartheid, il ne sert pas toujours les mêmes intérêts.

 

Par exemple, pour les multinationales, le développement se définit simplement par les compétences et ressources minimales que les communautés postcoloniales requièrent pour continuer à fournir une main-d'oeuvre relativement qualifiée mais bon marché, capable de produire les marchandises qui engendrent des profits ailleurs. Le terme peut aussi s'appliquer au développement de marchés, réels ou potentiels (dont les populations sont suffisamment alphabétisées et nanties) vers lesquels exporter ou vendre, afin d'en faire bénéficier des actionnaires étrangers.

 

Autre exemple, pour les nouvelles élites des pays ou communautés de la postcolonisation ou du post-apartheid, le développement sert de rhétorique (on se dit ainsi «au service du peuple»), mais les formes qu'il peut adopter (politiques et économiques) ou les priorités choisies ne réfléchissent souvent que les intérêts économiques et sociaux à court terme de ces élites (généralement en collaboration avec les anciens colonisateurs ou bénéficiaires de l'apartheid) au détriment des intérets de la majorité des citoyens.

 

À l'autre extrémité de l'équation du développement, les gouvernements qui fournissent l'aide, directement ou par l'entremise d'agences spécialisées, ne souhaitent parfois qu'«acheter» l'influence de leurs homologues locaux, afin d'accroître leur influence politique dans la région ou sur la scène internationale. Il est également possible qu'ils souhaitent être bien considérés ou, simplement, ouvrir la voie à leurs multinationales qui signeront des contrats préférentiels et autres ententes «de développement» avec les pays en question.

 

Quels que soient les motifs du développement, quels que soient les intérêts qu'il sert, il n'est pas plus neutre que la culture. Soit c'est un protagoniste de la lutte pour la propriété, le pouvoir ou le leadership, soit il existe pour permettre à un groupe particulier d'en tirer le profit maximal.

 

 

Les legs que le développement essaie de rectifier sont très concrets: manque de logements, illettrisme, insuffisance des soins médicaux, chômage, etc. En général, les stratégies trouvent leurs origines dans les modèles économiques et sociaux de l'Europe ou du monde occidental.

 

Mais après les deux premières décennies internationales du développement, l'UNESCO a lancé la décennie mondiale du développement culturel en 1987, avec les explications suivantes:

 

En dépit des progrès accomplis, les deux premières décennies internationales du développement (les années 60 et 70) ont mis au jour les limites d'un développement fondé au premier chef sur la croissance matérielle et quantitative.

 

Dès 1970, la réflexion critique a donné naissance aux conférences intergouvernementales sur les politiques culturelles, (...) partout au monde, et finalement, à Mexico en 1982. À l'occasion de cette conférence, on a présenté avec grande conviction l'idée que la «culture constitue un élément fondamental de la vie de chaque individu et de chaque communauté (...) et que le développement (...) dont les objectifs suprêmes doivent viser l'humanité (...) ont par conséquent une dimension culturelle.»

 

Les deux principaux objectifs de la décennie mondiale du développement culturel sont les suivants: rehausser l'importance de la dimension culturelle du processus de développement et stimuler les compétences créatives et la vie culturelle en général. Ces objectifs reflètent une sensibilisation au besoin de répondre aux principaux obstacles qui se dressent à l'horizon du XXIe siècle.

 

Le développement a des retombées directes et indirectes sur le mode de vie d'une communauté. L'éducation, la technologie, les nouvelles compétences, l'augmentation du pouvoir d'achat et l'accès à l'information se répercutent sur la vie des individus et communautés qui sont les bénéficiaires du «développement».

 

Par conséquent, il est possible de considérer le développement comme un mécanisme culturel qui pourrait être soit ralenti soit accéléré par la culture. Il se répercute sur la culture des peuples que l'on veut «développer» et cette culture, à son tour, influence le mécanisme du développement.

 

Le développement entraîne dans son sillage des nouvelles idées, valeurs, conceptions, ainsi qu'un accès plus facile à l'information, le contact avec les autres cultures, la promesse d'une meilleure qualité de vie, de nouvelles aspirations et, immanquablement, une culture locale ou autochtone est influencée. Son évolution s'inscrit alors dans le paradigme des objectifs et stratégies du développement.

 

Les modèles et stratégies initiaux du développement ne se sont pas révélés aussi efficaces qu'ils auraient dû l'être, car ils étaient en contradiction avec les paradigmes culturels des peuples dont la qualité de vie devait être améliorée. En outre, ces modèles étaient eux-mêmes constitués et porteurs de valeurs et croyances particulières (et pouvaient donc être considérés dans certains cas comme des stratégies néocoloniales, soit des tentatives plus subtiles de mobilisation d'une main-d'oeuvre bon marché et de mainmise sur les matières premières des pays en développement). Par conséquent, une idée progressiste du développement est née, selon laquelle il doit être sensible aux cultures des bénéficiaires et, dans la mesure du possible, en harmonie avec ces cultures.

 

 

Les cultures les plus stables sont celles des communautés les plus isolées.

 

Le développement entraîne le progrès, une mobilité économique, un bien-être physique accru, une meilleure qualité de vie et ainsi de suite. Mais cette évolution est-elle forcément positive, compte tenu des ruptures culturelles que les efforts de développement entraînent? Ou serait-il préférable d'encourager un mode de vie moins dépendant des biens de consommation mais qui aurait une signification plus profonde?

 

Le développement est le plus efficace lorsqu'il est le plus sensible aux conditions culturelles sur lesquelles il doit avoir un impact. Mais la nature même du développement - une rupture  (même s'il s'agit, objectivement, d'une amélioration ) avec le mode de vie de la communauté -  provoquera une évolution de la culture de cette communauté.

 

Est-il possible d'instaurer le développement tout en maintenant le statu quo culturel?

 

Est-il souhaitable de maintenir le statu quo culturel s'il milite contre l'amélioration de la qualité de la vie de la communauté, ou de certaines tranches de cette communuté, par exemple la vie des femmes et des enfants?

 

Si les cultures changent, le développement, sous quelque forme que ce soit, n'est-il pas simplement une intervention qui accélérera un processus qui se serait enclenché de toutes façons?

 

Bien que la sensibilité aux questions culturelles de l'heure puisse souligner les objectifs du développement au sein d'une communauté, à court ou moyen terme, cela signifie-t-il nécessairement que la culture doit être préservée et protégée? Ou plutôt que la culture du moment et le développement devraient être livrés à eux-mêmes pour produire de nouveaux paradigmes culturels?

 

Dans tous les cas ci-dessus, qui décide?

 

La culture et le développement sont des phénomènes complexes qui ont une profonde influence non seulement l'un sur l'autre, mais encore sur les communautés et individus concernés. Selon toute évidence, en raison de l'impact que la culture a sur le développement et de l'impact que le développement a sur la culture, il est impossible d'ignorer la dimension culturelle du développement.

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QUEL EST LE STATUT ACTUEL DE LA DIMENSION CULTURELLE DU DÉVELOPPEMENT

 

Curieusement, bien que les agences d'aide internationale telles que l' organisme suédois d'aide internationale au développement, l'UNESCO et certains gouvernements des pays «développés» comprennent la dimension culturelle du développement et fassent des efforts dans ce sens, les pays en développement ne semblent guère y accorder d'importance.

 

Ce phénomène se traduit par les constatations suivantes:

 

a)   les priorités du développement s'articulent souvent autour des besoins matériels (logement, soins médicaux, création d'emplois, éducation, etc.), sans compréhension ni intégration de la dimension culturelle des stratégies mises au point pour répondre à ces besoins. En dépit des «décennies du développement culturel», la formulation des stratégies de développement ne fait que très peu appel à des considérations anthropologiques ou à des évaluations de l'impact du développement sur les cultures;

 

b)   dans l'ensemble, les questions culturelles - les arts en particulier - sont considérés comme un luxe, des phénomènes superflus qui n'ont pas grand-chose à voir avec le développement social ou humain, pas plus qu'avec la satisfaction des besoins primaires des êtres humains;

 

c)   les politiques culturelles sont rares dans les pays en développement;

 

d)   parmi les pays dans lesquels des politiques culturelles sont en vigueur, peu d'entre eux possèdent les ressources (personnel qualifié et fonds) nécessaires pour les mettre en oeuvre;

 

e)   la culture n'étant pas très valorisée dans les pays en développement, artistes et activistes culturels doivent justifier constamment l'existence de leur secteur dans le discours national du moment: réconciliation nationale, contribution à l'économie, création d'emploi, éducation sur la santé, etc.;  

 

f)    là où des secteurs créatifs ou des entreprises culturelles sont en chantier - même en dépit de la création évidente d'emplois et de leur potentiel de générer des revenus - c'est souvent à l'instigation du secteur des ONG ou des agences internationales, plutôt qu'à celle des autorités locales.

 

Pourquoi la dimension du développement semble-t-elle moins bien comprise dans le monde en développement? Est-ce parce que les politiciens vont et viennent et, donc, ont tendance à choisir les gains à court terme, les plus visibles, qui satisferont leur électorat? Es-ce simplement parce qu'ils ne sont pas sensibilisés à l'importance de la dimension culturelle de la culture? Ou est-ce parce que les nouvelles élites ont acheté le «forfait culture» qui leur a été légué par les anciens colonisateurs et ne s'intéressent guère à la préservation des cultures traditionnelles ou autochtones, qui pourraient les mettre dans l'embarras? Quelle que soit la raison, est-il vrai que la question culturelle n'en est pas une dans les pays en développement?

 

Bien que les humains puissent modifier leurs valeurs, idées, conceptions, modes d'habillement, habitudes alimentaires, etc. sans perdre leurs valeurs intrinsèques ou l'accès à des droits universels de la personne, les cultures disparaissent, sont érodées, évoluent ou sont englouties. Ce n'est pas parce qu'elles ont perdu leur valeur, mais parce que des changements bénins, organiques se produisent en elles ou, plus brutalement, parce qu'elles sont conquises et subissent des pressions coercitives.

 

L'homogénéisation culturelle fait dominer un ensemble prticulier d'idées, valeurs et conceptions. Elle légitimise un ordre mondial, une économie planétaire au sein de laquelle une élite consomme la plupart des ressources non renouvelables de la planète, tandis que la majorité des peuples vivent dans des conditions misérables.

 

C'est précisément en raison des inégalités de l'ordre mondial que la diversité culturelle est cruciale, car il faut que d'autres idées et valeurs imprègnent le commerce et les relations culturelles, pour s'assurer que les riches et puissants ne peuvent agir avec impunité, comme un équivalent moderne des anciens colonisateurs du monde.

 

La diversité culturelle est menacée pour les raisons suivantes:

 

a)   le développement, même sous ses formes les plus positives, se répercute sur les cultures locales et autochtones, ce qui aboutit, dans le pire des cas, à leur extinction;

 

b)   les accords commerciaux, bilatéraux et multilatéraux, essaient d'assurer le «libre échange» des biens et services culturels, pour que les «forces du marché» puissent dicter la domination des produits étrangers (musique, films, émissions de télévision, livres, etc.) sur les marchés locaux, portant ainsi préjudice à l'expression culturelle locale;

 

c)      les médias de masse tels que la télévision et la technologie de l'information ont aujourd'hui un rayonnement mondial qui diffuse des valeurs, idées et conceptions fondées sur un mode de vie précis ou une culture particulière. Ceux qui vivent au sein de cultures différentes aspirent à ce mode de vie, soit parce qu'ils n'ont pas le choix, soit parce que ce mode de vie est projeté comme «le meilleur», ce qui les conduit à rejeter leur propre culture;

 

d)     les pays en développement n'ont ni les ressources ni la volonté politique de contrer l'influence des cultures et produits culturels du monde développés.

 

La diversité culturelle, en apparence, est un objectif souhaitable. Mais, tout comme la question de la culture et du développement, elle est bourrée de contradictions et peut servir des intérêts différents, souvent divergents, en fonction des circonstances.

 

Pour les pays développés qui font face à la menace que les films et émissions produits par Hollywood font peser sur leur propre industrie cinématographique, pour ceux dont l'industrie musicale est menacée par les importations, le langage et les stratégies de la diversité culturelle sont compréhensibles et pourraient se révéler efficaces pour enrayer ces menaces.

 

Toutefois, cette conception  peut être très différente dans les pays en développement. Par exemple, l'expression «diversité culturelle» a été utilisée dans le contexte du colonialisme et de l'apartheid, dans le but de diviser pour régner. Par conséquent, un gouvernement qui prônerait la «diversité culturelle» aujourd'hui, plutôt que la réconciliation nationale, par exemple, pourrait être considéré comme un promoteur du «néo-apartheid». En Afrique du Sud, aujourd'hui, l'un des principaux groupes à prôner la «diversité culturelle» est celui des Afrikaners blancs, qui étaient autrefois les premiers instigateurs et bénéficiaires de l'apartheid. Dans une société non fondée sur des considérations raciales, certains se sentent menacés et exigent que leurs droits culturels soient respectés et défendus. Dans le contexte de l'interprétation internationale de la «diversité culturelle», ce groupe aurait un argument valide, mais sur la toile de fond de l'histoire d'Afrique du Sud, c'est la crainte d'un régime de néo-apartheid qui surgit.  Certains dirigeants postcoloniaux ou post-apartheid souhaitent peut-être encourager la diffusion culturelle, estomper les différences culturelles, faire progresser de nouvelles formes de culture et symboles «nationaux», plutôt que la diversité culturelle. 

 

Dans certains pays en développement, les dirigeants parviennent au pouvoir et y demeurent en raison de leurs origines ethniques, parce que leur groupe ethnique domine le reste de la population. Certains groupes sont récompensés, reçoivent des promotions au sein de la fonction publique et de la société en général, tandis que d'autres sont rejetés en marge. Sous sa forme extrême, le génocide peut être commis par un groupe ethnique contre l'autre, afin de s'emparer du pouvoir et de le conserver.

 

 

Comment peut-on encourager la diversité culturelle sans en faire le fondement du chauvinisme, du nationalisme, des luttes ethniques, voire des guerres et du génocide, comme on a pu le constater dans les Balkans et au Burundi? 

 

Le langage de la diversité culturelle est-il celui qui convient pour assurer la protection des entreprises culturelles nationales, notamment dans le monde développé, étant donné que la diversité culturelle dans les pays en développement revêt des connotations historiques - tant à l'époque coloniale que récemment - teintées de conflit et de violence?

 

Dans les pays développés, qui possèdent des régimes politiques démocratiques et modernes, où l'on respecte les lois, où il existe une relative homogénéité démographique, où une culture particulière a toujours été dominante, la diversité culturelle dans le mode de vie revêt la forme du «multiculturalisme», tandis que certaines sociétés mettent au point des stratégies pour intégrer un nombre croissant d'immigrants. Dans certains pays en développement, où l'accès au pouvoir, la mobilité sociale, voire la survie sont inféodés à l'appartenance à un milieu culturel, la diversité culturelle représente un défi plus aigu.

 

La diversité culturelle repose sur le pluralisme, la tolérance, l'esprit démocratique, la liberté d'expression. Pourtant, de nombreux pays en développement - ou leurs dirigeants - présentent des lacunes majeures à cet égard.

 

Par exemple, la liberté d'expression peut être considérée comme une menace; des idées différentes de celles du parti dominant sont considérées comme «contre-révolutionnaires» et on met en oeuvre des formes de démocratie qui portent préjudice à certains groupes ou individus.

 

 

Ainsi, nous en arrivons aux questions suivantes:

 

      La diversité culturelle veut-elle dire la même chose pour les pays en développement et pour les pays développés?

 

      Les pays en développement sont-ils simplement mobilisés par certains pays développés pour servir d'alliés dans le combat contre les menaces qui planent sur les entreprises culturelles de ces pays développés?

 

Peut-on discuter de diversité culturelle sans parler de démocratie et de liberté d'expression artistique, notamment dans le monde en développement?

 

      Qui devrait recevoir les moyens de lutter pour la diversité culturelle: les gouvernements ou la société civile, composée de communautés, groupes culturels et artistes?

 

      Défendons-nous toutes les cultures et encourageons-nous la diversité culturelle dans l'absolu, même les cultures ou certains aspects d'entre elles que l'on pourrait considérer (dans un autre contexte culturel) comme répressifs, par exemple à l'endroit des femmes?

     

Étant donné que le développement a des retombées sur les cultures, n'est-il pas lui-même un obstacle à la diversité culturelle?

 

 

 

25 Septembre 2002