
LE RENFORCEMENT DES INDUSTRIES CRÉATIVES
ET
LE DÉVELOPPEMENT DES CAPACITÉS CULTURELLES
POUR RÉDUIRE LA PAUVRETÉ
CARNET DE ROUTE DU RIDC
Ce Carnet de route est basé sur une étude commandée par le RIDC et réalisée par le chercheur, Burama K. Sagnia. Ces deux travaux serviront de base pour enrichir les discussions de la 6e Rencontre annuelle du RIDC qui aura lieu à Dakar, Sénégal, du 17 au 20 novembre 2005. Ce Carnet de route résume l’étude et fait ressortir les grandes lignes d’action que le RIDC entreprendra dans ce domaine.
INTRODUCTION
Depuis sa formation en 1998 et sa rencontre de fondation en 2000, la priorité du RIDC a porté sur la réalisation de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Par ailleurs, depuis le début, le RIDC a reconnu que, pour obtenir une plus grande diversité culturelle, il fallait développer des capacités culturelles et des industries créatives dans plusieurs pays et viser à un plus grand équilibre des échanges de produits et de services culturels à l’échelle mondiale. Avec l’adoption de la Convention par les membres de l’UNESCO à sa Conférence générale d’octobre 2005, les activités et les priorités du RIDC vont changer. Toutefois, il continuera à appuyer la réalisation des buts fixés dans la Convention et ceux qui seront établis par le RIDC et ses membres.
L’étude examine et analyse trois domaines dans lesquels le RIDC pourrait apporter une contribution intéressante par des interventions précises :
Bien que l’étude présente ces thèmes l’un à la suite de l’autre, les résultats et les recommandations sont regroupés dans ce Carnet selon les actions suivantes :
STIMULER ET RENFORCER LES INDUSTRIES CRÉATIVES LOCALES
Questions principales
Les industries créatives sont l’un des secteurs de
l’économie mondiale dont la croissance est la plus rapide, dépassant les
secteurs de l’économie traditionnelle comme l’agriculture et les produits
manufacturés. Par ailleurs, il faut tout d’abord définir les industries
créatives et comprendre pourquoi ce secteur est en pleine expansion dans
l’économie mondiale. On peut définir les industries créatives comme étant :
Ces industries sont celles qui, à l’origine, sont portées par la créativité individuelle, l’habileté et le talent et qui peuvent générer la richesse et la création d’emploi en se servant de et en exploitant la propriété intellectuelle.
(Adaptation d’une définition de 1988, utilisée par le Groupe de travail sur les industries créatives du Royaume-Uni dans une tentative de vision nationale des industries créatives.)
Par la suite, différentes définitions furent énoncées lors de rencontres d’organisations comme le Forum international sur les industries créatives et le Panel sur les industries créatives et le développement de la CNUCED (Brésil 2004). On peut ajouter les sous-catégories suivantes dans les industries créatives :
L’industrie de l’enregistrement, la musique, les arts d’interprétation, le film et la vidéo, l’édition, les logiciels et les services informatiques, la photographie, l’art et les antiquités, la radio, la télévision et les industries de la radiodiffusion, la publicité, l’artisanat, l’architecture, le design, le dessin de mode, les logiciels interactifs de divertissement, le patrimoine culturel et le tourisme.
La mondialisation et l’augmentation de l’interdépendance des économies nationales offrent de nouvelles possibilités dans les industries créatives aux pays en développement et en transition; en même temps, ces facteurs constituent des menaces possibles à la diversité culturelle et à la créativité. Parce que les industries créatives existent grâce aux expressions créatives des communautés et qu’elles s’inspirent de la richesse de leurs valeurs et symboles historiques et contemporains, le soutien aux industries devrait être considéré comme une partie intégrante de la préservation, de la protection et de la promotion de la diversité culturelle. De plus, en tant que telle, la diversité est un bien public mondial et elle doit être pleinement soutenue par la communauté internationale. Cela a été confirmé explicitement dans la nouvelle Convention adoptée à l’UNESCO.
On le sait, la créativité est une richesse disponible dans tous les pays. Son soutien efficace et son exploitation ne peuvent que contribuer à de la création d’emploi, de revenus et à la réduction de la pauvreté. Ces possibilités n’ont pas été réalisées dans la plupart des pays en développement et les pays en transition pour plusieurs raisons, y compris l’expansion de la fracture technologique de la société de l’information.
Les industries créatives contribuent grandement à l’économie mondiale et au produit national brut (PNB) de plusieurs pays développés. On estime que la valeur des industries créatives sur le marché mondial passera à 1.3 $ US trilliards en 2005 par rapport à 831 $ US milliard en 2000, un taux composé annuel de croissance de plus de 7%. Il est également prévu que les industries créatives compteront pour plus de 7% du Produit intérieur brut mondial et qu’il augmentera de 10% par année (CNUCED; 2004). Ces industries dominent déjà dans les économies de l’OCDE démontrant une croissance annuelle entre 5% et 20% (UE; 2003).
Cependant, la plupart des économies en développement et en transition continuent à occuper une place marginale eu égard à la richesse de leur patrimoine culturel. Néanmoins, le potentiel économique de ces pays n’est pourtant pas négligeable telles que le prouvent les réussites de l’industrie du cinéma indien et nigérien aussi bien que les réussites de l’industrie de l’artisanat du Sénégal, de l’Afrique du Sud, de l’Inde et du Brésil. Des politiques nationales efficaces et des stratégies d’interventions conçues avec soin et des programmes pour les industries créatives pourraient faire toute la différence.
Toutefois, pour développer une compétitivité dynamique dans les industries créatives des pays en développement et en transition, il faudra relever des défis et des obstacles de taille et trouver des solutions pertinentes. La plupart des secteurs classés dans ces industries sont qualifiés de petites et moyennes entreprises (PME) et fonctionnent principalement dans une économie informelle. En 2004, la CNUCED soutient que l’on doit se préoccuper de ces défis si l’on veut améliorer la compétitivité des industries créatives des pays en développement :
Environnement réglementaire
Un environnement réglementaire simple, transparent, stable et applicable est la base sur laquelle une entreprise dynamique peut se développer.
Partenariat public-privé
Un cadre favorable d’investissement ne peut être mis sur pied seulement par le marché, la compagnie ou l’état agissant de façon indépendante. Tout cela requiert un partenariat entre tous les intervenants.
Accès au financement
Les industries créatives des pays en développement ont traditionnellement de la difficulté à obtenir du crédit ou des investissements parce qu’elles sont perçues à haut risque par les créditeurs et les investisseurs.
Accès à la technologie
Développement des aptitudes entrepreneuriales
Droits de propriété intellectuelle
La faiblesse de la législation du droit d’auteur et les régimes inefficaces de mise en application mettent en péril cette croissance
Concentration de la propriété des médias
L’étude fournit des exemples de cas réussis et d’expériences innovatrices d’entreprises créatives à petite échelle au Sénégal, en Afrique du Sud, en Inde et au Brésil. Des leçons peuvent être tirées de ces expériences pour enrichir les futures interventions du RIDC dans ces domaines.
DÉVELOPPEMENT DES CAPACITÉS CULTURELLES ET RENFORCEMENT DES INSTITUTIONS LOCALES
Questions principales
Pour développer une compétitivité dynamique dans les
industries créatives des pays en développement, il faut renforcer les
producteurs locaux et les capacités qui pourront avoir le maximum d’effets
économiques positifs si ces composantes sont intégrées dans les marchés
mondiaux. Tout cela requiert le développement de capacités locales et de la
compétence des artistes et des entrepreneurs culturels, le renforcement des
institutions et des infrastructures locales, le développement de réseaux, la
mise en place de nouveaux partenariats créatifs, l’amélioration des cadres
politiques et le développement des moyens incitatifs favorables.
Les expériences des pays aussi différents que le Royaume-Uni, le Brésil, le Nigeria, le Sénégal, l’Afrique du Sud, la Thaïlande et l’Inde qui ont réussi à soutenir et à développer leurs industries créatives locales prouvent que ces facteurs peuvent contribuer au développement d’activités de haute compétence et de grandes valeurs qui créent des liens avec des secteurs auxiliaires de l’économie, y compris les technologies de l’information et des communications et des capacités en design.
La façon dont une agence approche la question du développement des capacités donne des indications sur sa philosophie du développement ainsi que sur le sens du rôle qu’elle entend jouer. Il faut que l’agence travaille avec les contreparties actuelles et potentielles de manière à répondre de façon cohérente à la vision partagée du contexte, à avoir des critères compatibles pour évaluer les résultats et une compréhension mutuelle de leur mission et leurs buts respectifs.
Il y a plusieurs modèles de développement de capacités :
Travailler avec
des intermédiaires
Cela prend souvent la forme d’un partenariat avec les ONG locales ou des
organisations de type communautaire et le soutien par des subventions pour des
buts précis.
Création de
synergies
Dans ce cas, l’agence externe travaille avec une combinaison de contreparties
sur des activités spécifiques de développement de capacités.
Promotion
d’organisations associatives
Cette forme de développement de capacités facilite l’émergence de syndicats,
de fédérations, d’alliances ou d’associations nationales.
Création de
nouvelles organisations indépendantes
Structures
gouvernementales et non gouvernementales parallèles
Quelquefois, il est préférable de travailler à partir de l’État,
habituellement à partir du ministère de la Culture ou des agences nationales
pertinentes responsables de domaines spécifiques de la culture. Ceci peut
aider à influencer les politiques culturelles nationales.
Des activités
spécifiques de développement de capacités peuvent inclure :
Formation
Cela représente un investissement dans les gens et peut inclure de la
formation au sujet des droits, de la conscientisation ou de la formation en
développement de carrière et d’aptitudes.
Renforcement
institutionnel
Cela représente un investissement dans les organisations. Ces organisations
peuvent être structurées de différentes façons, y compris :
- des organisations traditionnelles ayant pour priorité la religion,
’ethnicité, le genre, les classes sociales, le village ou la parenté;
- des organisations avec adhésion impliquant des gens qui partagent
des intérêts professionnels comme les syndicats de musiciens, etc.;
- des organisations constitutées par des agences externes;
- des organisations non gouvernementales de développement.
Partenariat et coopération
Cela représente un investissement dans les réseaux. Cela fonctionne par des
contacts, des échanges de visites, des ateliers, des séminaires, des
conférences, de la communication électronique, etc.
DÉVELOPPEMENT DU PROGRAMME DE LOBBYING DU RIDC
L’étude examine quatre secteurs sur lesquels le RIDC pourrait baser son programme de lobbying. Pour faire un bon lobbying, il faut produire des recherches et écrire les documents nécessaires. Cette étude est une bonne base pour la réflexion et elle contient beaucoup de renseignements qui seront utiles pour lancer une campagne. Toutefois, il faut encore approfondir la recherche et obtenir encore plus de données dans ces secteurs.
Une fois que le RIDC dispose des documents nécessaires, il pourra lancer sa campagne de sensibilisation, soit à l’échelle régionale soit mondiale, dépendant des priorités qui émergeront de recherches supplémentaires et des ressources disponibles au RIDC. La campagne de sensibilisation peut prendre différentes formes, à partir d’une simple lettre, de rencontres, de relations publiques et des conférences à des manifestations publiques. Les secteurs suivants sont recommandés pour le programme de sensibilisation :
1. La relation de la culture au développement
L’étude signale qu’un des points critiques qui demande
l’attention du RIDC est celui de savoir comment développer des points communs
avec les agences de développement sur l’importance de la culture dans le
processus du développement et l’importance du développement culturel.
La communauté culturelle se débat pour projeter la culture dans une perspective « fonctionnelle structurale » de la société humaine. Cette perspective défend l’idée que les critères et les indicateurs pour le développement doivent être élargis pour inclure non seulement le développement économique mais aussi la croissance culturelle et le développement. Elle reconnaît aussi la double fonction de la culture : sa grande capacité à servir d’instrument de promotion du développement économique; et sa valeur intrinsèque, garante de la croissance et du développement selon sa propre manière pour servir efficacement le développement et les objectifs humains fondamentaux.
Il est essentiel de donner des exemples de projets qui peuvent stimuler et renforcer les industries créatives locales et développer des capacités culturelles et les institutions locales. Cette documentation fera partie du matériel d’appui aux discussions.
2. Augmenter le soutien des agences de développement à la
culture
L’étude examine les budgets culturels de plusieurs agences de
développement, publiques et privées. Le RIDC va s’impliquer pour que les agences
de développement s’engagent à augmenter leurs budgets pour la culture :
le développement d’industries créatives, y compris le financement de démarrage d’entreprises et l’acquisition de technologie et pour les programmes qui financent des projets d’accès aux marchés, sur les droits et la propriété intellectuelle et d’autres sujets;
le développement de capacités culturelles, y compris l’investissement dans le développement d’habiletés créatives techniques et professionnelles, les aptitudes de gestion et d’organisation;
des programmes pour renforcer les institutions et les organisations culturelles locales.
Le RIDC va lancer une consultation pour travailler individuellement avec des agences de développement afin d’obtenir un engagement de chacune à travailler sur une question particulière (par exemple, le développement de l’industrie de l’artisanat) et pour une période de temps déterminée (cinq à dix ans).
3. Intégrer l’Évaluation de l’impact culturel dans les
structures et processus de développement
Le RIDC a réalisé un projet sur le développement de
structures qui permettrait d’intégrer l’Évaluation de l’impact culturel. Il va
lancer une campagne qui verra à ce que les agences de développement intègrent
les principes de l’ÉIC dans leurs structures et processus de développement. À
cet effet, le RIDC va créer un portail sur le web pour y insérer les documents
pertinents et les études de cas réussis de l’intégration de l’ÉIC. Il va aussi
lancer une campagne ciblée auprès des agences de développement pour voir à ce
que le processus de l’ÉIC soit intégré dans les projets et il va amorcer un
dialogue avec ces agences pour promouvoir l’ÉIC.
4. Attirer l’attention sur la Convention sur la protection et
la promotion de la diversité des expressions culturelle
Pour répondre aux exigences de la nouvelle Convention de
l’UNESCO, le RIDC va lancer une autre campagne pour en encourager la
ratification. Après la ratification, il va travailler à son application efficace
et il va sensibiliser les gouvernements et la société au sujet des possibilités
offertes dans cette Convention.