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Une entreprise contre
l'histoire
Août 2001
Le patrimoine doit être à la mode ce mois-ci - tous nos articles abordent des questions de patrimoine d'une manière ou d'une autre. N'hésitez pas à nous envoyer vos articles sur la culture et la mondialisation aux fins de parution dans notre bulletin.
À la fin du bulletin, vous trouverez la plus
récente version de l'ordre du jour et de la liste des conférenciers
pour notre réunion de Lucerne, qui s'annonce comme une conférence
historique avec une représentation importante de chaque continent.
Une entreprise contre l'histoire
Un hôtel mexicain bâti dans les années 1930 et décoré par certains des artistes les mieux connus du Mexique dans
le domaine de la peinture murale doit être démoli par le magasin américain de grande surface, Costco. Selon le Conseil
des civils pour les Arts de Morelos, le bâtiment historique a déjà été endommagé depuis son acquisition par Costco. Des groupes culturels de tout le Mexique se rallient pour protester, mais, pour le moment, l'hôtel historique doit toujours être démoli pour faire place à un supermarché.
Des artistes mexicains et des exilés de la guerre civile d'Espagne avaient créé conjointement plusieurs des murales de l'hôtel, qui illustrent l'histoire du Mexique et son patrimoine espagnol. Les célèbres architectes mexicains Felix Candela et Jesus Marti avaient conçu certaines des structures du bâtiment. Des spécialistes ont également trouvé sur le site des vestiges archéologiques datant de 1 400 avant Jésus-Christ.
En juin, le directeur de l'Institut national des beaux-arts écrivait au président de la municipalité de Cuernevaca, où l'hôtel est situé, pour témoigner du fait que l'hôtel renferme des oeuvres ayant une valeur culturelle et historique et pour signaler que sa destruction enfreindrait la loi fédérale du Mexique sur la protection des monuments. Néanmoins, l'Institut national d'archéologie et d'anthropologie a nié l'importance du site, et la ville a émis un permis de démolition.
Des personnalités culturelles locales et nationales se sont ralliées à la défense du Casino de la Selva. Après des réunions infructueuses avec Costco et les dirigeants municipaux à la fin de juillet, des représentants culturels ont mis sur pied un Front de la société civile pour la protection du Casino. Un ensemble impressionnant de représentants et organismes culturels ont signé une lettre virulente adressée au président de la municipalité de Cuernavaca, au gouverneur de l'État de Morelos et au président Vicente Fox, dans laquelle ils demandent la révocation immédiate du permis de démolition et le réaménagement du site historique en fonction de la volonté des citoyens de Cuernavaca.
Les organisateurs du mouvement de préservation du Casino considéreraient comme bienvenue l'aide que des groupes et individus défenseurs de la culture du monde entier voudraient bien leur apporter. En particulier, ils aimeraient trouver une aide juridique quelconque au sein même des États-Unis. Pour de plus amples renseignements ou pour
participer à cette initiative, visitez le site Web (www.reforma.com/cultural) ou adressez-vous (en anglais ou en espagnol) à Rafael Segovia, coordonnateur du CCCAM, au artual@intertepoz.com.
Une occupation précaire
L'impasse de plus en plus tendue qui existe entre les collectivités désirant préserver et développer leurs avoirs culturels et les entreprises ou gouvernements qui cherchent à tirer profit du développement a été mis en évidence par la mort tragique d'un jeune artiste, lundi le 30 juillet, à Bruxelles. Igor, un interprète et artiste d'installation ukrainien, est mort après avoir sauté d'une fenêtre de l'édifice en flammes qu'il occupait, tôt lundi matin. La police a déterminé qu'il s'agissait d'un incendie criminel.
Igor vivait dans l'Ilot Soleil, une bâtisse inoccupée transformée en espace de spectacle et lieu de séjour pour des artistes. Les propriétaires de l'édifice, qui attendaient qu'on leur émette un permis pour le démolir en vue de bâtir un cinéma à écrans multiples et un carrefour commercial, voulaient que les artistes soient expulsés. Mais le conseil et les marchands locaux avaient pris parti pour les artistes, craignant la mise sur pied d'un autre gros développement commercial, et avaient refusé d'émettre le permis d'expulsion.
Dans plusieurs régions d'Europe, des gens qui militent pour faire valoir le besoin de trouver des espaces de répétition et des studios à prix abordable se sont joints au mouvement visant à retaper des édifices abandonnés au centre des agglomérations. Des entreprises achètent des édifices du patrimoine et attendent des années pour obtenir des permis de démolition. Entre-temps, des artistes et des militants occupent ces locaux et ouvrent des centres culturels alternatifs.
Le squat de la Rue de Rivoli à Paris a reçu des milliers de visiteurs - en fait, selon une estimation gouvernementale, il s'agit du troisième site culturel le plus visité en France et pourrait être reconnu officiellement comme centre culturel par le gouvernement français. À Bruxelles, il y a un certain nombre de bâtiments occupés par des artistes où l'on peut assister à des expositions, des concerts et des spectacles, et où les artistes peuvent vivre et travailler. À Genève, le squat Usine est le plus important lieu de présentation d'art alternatif de la ville, comprenant toutes sortes d'activités, d'un cinéma à un studio d'architecture.
Ces artistes mettent en évidence la nécessité
que les villes et les conseils locaux prennent conscience de ce qui
rend une ville et une culture fécondes. Bien que l'on reconnaisse de
plus en plus la contribution des travailleurs culturels à
l'économie, les difficultés quotidiennes des artistes sont souvent
ignorées. Ces artistes travaillent à préserver à la fois leur
liberté créatrice et les bâtiments historiques pour leurs villes.
Pour de plus amples renseignements au sujet des bâtiments inoccupés en Europe, visitez les sites Web suivants :
www.manosolo.net/neteurs/jdn-display.php?num=157
www.usine.ch/index.html
Patrimoine culturel et mondialisation
La 5e Conférence du Conseil de l'Europe des ministres responsables du patrimoine culturel, qui s'est tenue à Portoroñ en avril 2001, a permis de faire le point sur les accomplissements du Conseil dans ce domaine et d'envisager les tâches qui lui incomberont dans les années à venir. Le programme des activités du Conseil de l'Europe pour 2002 dans le domaine du patrimoine
culturel et naturel s'inspirera des directives établies dans le cadre de la conférence. Il est basé sur la reconnaissance du fait que la culture et le patrimoine culturel et naturel représentent un moyen d'affirmer l'identité et les particularités en réponse aux dangers de l'uniformité inhérente à la mondialisation, ainsi qu'un facteur vital du développement durable pour l'ensemble de l'Europe.
Les domaines d'activité comprendront un travail conjoint en vue d'établir des principes d'éthique et des politiques et normes communes; la diffusion de ces principes; la prestation de conseils immédiats aux nouveaux états membres qui désirent mettre en oeuvre des politiques du patrimoine intégrées et intersectorielles; ainsi qu'une sensibilisation et une formation visant à promouvoir le dialogue interculturel et la compréhension mutuelle entre les différentes collectivités.
Pour de plus amples renseignements, veuillez vous adresser à Daniel Thérond au Conseil de l'Europe
daniel.therond@coe.int ou visitez la page Web à l'adresse suivante : http://culture.coe.fr/Infocentre/txt/eng/econfer5.htm.
Bulletin 13
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